Napoléon à Versailles

Bonjour à tous, après une longue absence, me revoici avec un nouvel article, sur ma visite intitulée « Napoléon à Versailles ». Bonne lecture !

Cette visite s’effectue dans l’aile du Midi, ici dans l’encadré rouge :

Quadrilatè

Nous démarrons par le 2e étage, qui est l’attique Chimay. Sous Louis XVI, cet étage était occupé par l’appartement de la Dame d’Honneur de Marie-Antoinette, la Princesse de Chimay. Il était tellement grand qu’il prenait tout l’étage, et depuis, il porte le nom de cette princesse. La visite démarre donc par cet escalier dit « escalier de stuc » – réalisé pour le musée Louis-Philippe – et ces statues de Bonaparte :

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Une fois arrivés tout en haut, on traverse des pièces avec des peintures sur la Révolution (voir « Bonus » à la fin), puis d’autres pièces :

Et enfin nous entrons dans le vif du sujet : Napoléon à Versailles. Napoléon a été très tenté de s’installer à Versailles. Des projets, avec des travaux, ont été pensés dès 1805. Mais cette installation et ces rénovations étaient trop onéreuses. Aussi, en 1810, il renonce et opte pour le Grand Trianon, qu’il a assez peu fréquenté mais où ont vécu Joséphine et Marie-Louise, et pour le Petit Trianon qu’il a prêté à sa sœur Pauline et à sa mère, Letizia. Napoléon a conscience de l’importance de l’art pour véhiculer les messages qu’il souhaite transmettre et commande beaucoup de tableaux aux artistes de son époque. A la base, ces œuvres n’étaient pas prévues pour Versailles et ont été rassemblées là par Louis-Philippe, lors de la création de son musée de l’Histoire de France. La mise en scène de ces pièces date de Louis-Philippe. Au départ, les œuvres voulues par Louis-Philippe étaient exposées dans le corps central du château, notamment au rez-de-chaussée. Et, petit à petit, sous l’influence de Pierre de Nolhac, elles vont être installées dans l’attique, car il souhaite refaire du corps central le Versailles monarchique.

Le portrait qui suit, réalisé par Gros, représente Bonaparte durant la campagne d’Autriche : c’est le début de la légende napoléonienne. C’est un tableau dans l’action, il donne de la vie à ce qui y est représenté, Bonaparte ne regarde pas le peintre mais sur le côté – on suppose qu’il regarde ses troupes ? -, il est vêtu en général, porte le drapeau de la République…

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La bataille des Pyramides durant la campagne d’Egypte. Ce tableau a été peint par Lejeune, l’un des rares peintres de l’époque à avoir suivi les combats. Il n’est pas allé en Egypte, mais il s’est basé sur des documents et des études, notamment ceux de Vivant-Denon (l’ancêtre de la muséologie et de l’égyptologie), afin de transcrire dans sa peinture la réalité des décors. Forcément, le tableau présente une victoire française, avec la débâcle des Turcs, que l’on peut voir, en bas à gauche, se jeter dans la mer. On voit là un plan général, avec une ligne d’horizon lointaine. La réalité poussée par Lejeune montre les pyramides de Gizeh. Par opposition, le tableau de Gros représentant la bataille d’Aboukir – qui a eu lieu en 1799, un an après celle de Gizeh – et qui opposait Mustafa Pacha à Murat, même les gros plans aux plans plus lointains, avec une perspective plus grande, et le décor y est plus développé (voir à la fin de l’article).

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Ce portrait équestre de Napoléon existe en cinq exemplaires : deux à Versailles et trois à la Malmaison. Il représente Bonaparte durant la seconde campagne d’Italie où il va aider et soutenir ses généraux et ses troupes. Il s’agit de la bataille de Marengo. Dans ce tableau se trouvent des références à l’Antique et aux empereurs romains. Le fait qu’il s’agisse d’un portrait équestre montre la puissance de Bonaparte, notamment avec le cheval qui se cabre. On voit également très bien le mouvement de la queue et de la crinière de l’animal. Il est également fait référence à Hannibal, qui a lui aussi franchi les Alpes, et à Charlemagne, donc un empereur.

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Nous sommes ensuite allés dans la pièce regroupant nombre de portraits et de bustes de la famille Bonaparte.

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Joséphine de Beauharnais
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Hortense de Beauharnais, fille de Joséphine et épouse de Louis Bonaparte, frère de Napoléon
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Louis Bonaparte, Roi de Hollande

Pauline Bonaparte, Princesse Borghèse

Jérôme Bonaparte, Roi de Westphalie

Joseph Bonaparte, Roi d’Espagne

Caroline Bonaparte, Reine de Naples et Elisa Bonaparte, Grande-Duchesse de Toscane

Le tableau du sacre de Napoléon est très inspiré de celui de Louis XIV par Hyacinthe Rigault. Il choisit l’abeille comme emblème pour deux raisons :

  • Il s’agit du symbole de sacre des Mérovingiens, ce qui est pour Napoléon une façon de « justifier » son propre sacre, en traçant une continuité dynastique
  • Les abeilles ont besoin d’avoir un chef, et lui se présente donc comme le chef désigné

On retrouve également des références à l’Antique, comme la fameuse couronne de lauriers.

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Eugène de Beauharnais, fils de Joséphine

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La reddition d’Ulm, l’une des campagnes contre l’Autriche. Napoléon est mis en avant, il se trouve seul au centre du tableau afin d’être immédiatement repérable.

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Napoléon et ses neveux. C’est Napoléon en famille, et surtout avec ses héritiers potentiels car Joséphine ne lui a pas donné d’enfant et il n’en a pas encore de Marie-Louise, qu’il vient d’épouser. En arrière-plan, on peut voir Hortense, la belle-fille et belle-sœur de Napoléon, et Caroline Murat, la sœur de l’Empereur. Sur ses genoux se trouve Louis-Napoléon, le dernier fils d’Hortense et futur Napoléon III. Le petit garçon avec le cordon bleu, c’est Napoléon-Louis, le fils aîné d’Hortense. Les quatre autres enfants sont ceux de Caroline.

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L’entrée de Napoléon à Berlin. Au fond, on peut voir la Porte de Brandebourg.

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Après son entrée à Berlin, il est allé se recueillir sur la tombe de Frédéric II de Prusse. C’est une autre image de Napoléon : ce n’est plus le chef de guerre mais le souverain, l’homme porté sur les arts en tête à tête avec la dépouille du despote éclairé qu’était Frédéric II.

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Catherine de Wurtemberg, seconde épouse de Jérôme Bonaparte

Caroline Bonaparte-Murat et Pauline Bonaparte-Borghèse

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Joséphine de Beauharnais

La mort du Maréchal Lannes. Ce tableau a marqué les esprits et montre que même si Napoléon se met largement en avant dans les tableaux qu’il commande, il met aussi en avant ses maréchaux, ce qui fait qu’il est très apprécié. En outre, Lannes était un proche de Napoléon, le seul de ses maréchaux à le tutoyer et à l’avoir mis en garde contre ses velléités militaires.

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Marie-Louise de Habsbourg, seconde épouse de Napoléon et petite-nièce de Marie-Antoinette

Le mariage de Napoléon et Marie-Louise. En fond, l’arc de Triomphe des Tuileries, avec les jardins. A noter que l’attention portée au décor est grande.

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Letizia Bonaparte, « Madame Mère »

Chateaubriand et Alexandre Lenoir, médiéviste et conservateur des musées, qui a également évité les dérapages lors des pillages des tombes royales de Saint-Denis en 1793

Madame Récamier et Germaine Necker, Baronne de Staël

Dans cette galerie se trouvent plusieurs tableaux de Lejeune, et bien qu’il ait suivi les armées dans les campagnes, certains ont été faits sans qu’il ait été présent. Blessé et malade lors d’une campagne, il était tellement affaibli qu’il est rentré en France. Mais il a été, de ce fait, considéré comme un déserteur !

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Napoléon en route pour Sainte-Hélène
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Les adieux de Fontainebleau

Napoléon à Sainte-Hélène. Cette sculpture date de 1866. Elle se trouvait auparavant dans la salle du sacre, puis à la Malmaison et enfin au bout de cette enfilade de pièces.

Après avoir traversé l’ensemble du 2e étage, on est redescendus par l’escalier de service (aujourd’hui réservé au personnel du château), pour rejoindre le premier étage et, plus particulièrement, la Galerie des Batailles.

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La bataille d’Austerlitz. Il s’agit d’une commande de Napoléon, prévue pour une salle du conseil aux Tuileries. Cette victoire a une date symbolique puisqu’elle date du 2 décembre 1805, soit un an jour pour jour après le sacre de Napoléon.

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Dans l’ordre : les batailles d’Iéna, de Friedland et de Wagram. Ces tableaux ont été commandés par Louis-Philippe.

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Après la Galerie des Batailles, on est allés au premier étage. On a remonté ce couloir pour entrer, par le milieu, dans une longue enfilade de pièces. Ce qui était, sous Louis XVI, les appartements de ses frères, les Comtes d’Artois et de Provence, et de sa sœur Madame Elisabeth, constitue aujourd’hui la base du musée Napoléon voulu par Louis-Philippe. Ces pièces ne sont jamais visitées en dehors des visites commentées. Elles sont plongées dans l’obscurité totale (l’agent de sécurité qui nous accompagnait nous ouvrait les volets petit à petit) et sont exposées de façon chronologique. Je ne vous cache pas que j’en suis ressortie avec une impression désagréable, ça faisait château mort, abandonné… Les seuls « morceaux de vie » sont les éléments modernes (câbles, enceintes, haut-parleurs nous informant de la présence de pickpockets et une table avec des chaises, sans doute pour une conférence). La décoration et la mise en scène, datant de Louis-Philippe, sont d’Alaux. Toutes les œuvres présentées dans ces salles ont été faites du temps de Napoléon sur un même modèle, avec les mêmes dimensions.

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La campagne d’Egypte, par Gros, très différente, donc, de celle de Lejeune
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La mort du Général Desaix après la bataille de Marengo
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La 1e bataille d’Eylau. A noter que le cheval de Napoléon a la même robe que Bucéphale, le cheval d’Alexandre le Grand
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Le mariage de Jérôme Bonaparte et Catherine de Wurtemberg

Ces trois meubles d’appui étaient prévus pour les Tuileries, pour y ranger des papiers diplomatiques. Ils ont été rehaussés et installés là.

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Napoléon est le modèle de ses troupes. Son geste lui donne un côté « père du peuple », il domine la situation
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Napoléon qui franchit les Alpes

Bonus :

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Le dernier morceau du « Serment du jeu de paume » par David (pour plus d’infos, voir mon article sur la salle du jeu de paume)

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La mort de Louis XIII. Ce tableau est exposé dans l’escalier de service qui part de l’Attique Chimay

Fiche livre : Le jeu de l’amour et de la mort

Aujourd’hui, je vous propose une nouvelle fiche livre 🙂

Titre : Le jeu de l’amour et de la mort (en 3 tomes: Un homme pour le Roi, La messe rouge, La Comtesse des Ténèbres)

Auteur : Juliette Benzoni

Edition : Pocket

Résumé :Délaissée par son mari et brisée par la mort de sa petite fille, Anne-laure de Pontallec est une femme charmante qui ignore tout de sa valeur réelle. Après avoir échappé à plusieurs tentatives d’assassinats organisées par son époux, elle survit à l’attaque des Tuileries du 10 août 1792. Enfermée à la Prison de la Force avec la Princesse de Lamballe, elle assiste au massacre de cette dernière mais est sauvée à temps par Jean de Batz. Ayant désormais des droits sur sa vie, il lui fait signer un pacte: elle ne se suicidera pas, mais dédiera sa vie à la sauvegarde de la famille royale en péril au prix d’une vie dont elle ne veut plus. Une fois Louis XVI guillotiné, elle emploie toute son énergie à sauver le petit Dauphin, sa mère, sa tante et sa soeur, qu’elle a prise en affection.

Alors qu’il pensait retrouver Laura et Pitou à Londres chez Lady Atkins, Batz est surpris d’apprendre qu’en réalité ils ne sont jamais venus en Angleterre. Revenant sur ses pas, il croise la route de Pitou qui lui apprend que Laura est retournée vivre à Saint-Malo en compagnie d’un homme avec un crochet de fer, Joël Jaouen, pour savoir ce que devenait sa mère, depuis peu la nouvelle épouse de Josse de Pontallec, l’ancien mari de Laura. Dépité et énervé, Batz retourne à ses affaires, à Paris, où son projet de sauver la royauté ne s’éteint pas. Après avoir échouté lors d’une tentative pour libérer la Reine, il décide de se concentrer sur le petit Roi. Ce n’est que par hasard qu’il apprend le retour à Paris de miss Adams. Malheureusement, la Terreur atteind son apogée, et très vite la capitale devient dangereuse. On assite aux massacres organisés par Robespierre, et Marie Grandmaison n’y échappera pas. Une fois la Terreur finie, Laura et Jean s’avouent leur amour, mais l’ombre de Marie est encore trop présente, et ils préfèrent se séparer: tandis qu’il tentera de gagner l’Angleterre avec son « secret », elle retournera chez elle, en Bretagne.

De retour à Saint-Malo avec Jaouen, Bina et Lalie, Laura reprend peu à peu sa vie de bretonne. Au bord de la faillite, elle tente de sauver l’entreprise tenue autrefois par sa mère, Marie-Pierre de Laudren. Au bout de plusieurs années passées à lutter contre le fantôme de son ancien mari et par l’ombre de Batz, qu’elle imagine sur les routes avec son secret, Laura décide de quitter sa Bretagne pour retourner au Temple, afin de sauver celle qu’elle considère comme sa fille: la petite Madame Royale. Enfin libérée de son horrible prison, la princesse doit rejoindre l’Autriche, mais un nouveau ministre au service de l’Empereur, Talleyrand, prévoit d’autres plans… Après une atroce déception – Batz s’est mariée avec une certaine Michelle Thilorier! – Laura sacrifie tout pour accomplir la mission dont l’a chargée le ministre. Elle ne sait pas alors qu’elle ne reverra plus Saint-Malo avant longtemps, et que cette mission va bouleverser sa vie.

Mon avis : que redire après la lecture de ce fabuleux roman de la grande Juliette Benzoni ? Je l’ai savouré, les romans sous la Révolution sont assez rares et il est vraiment prenant. Un vrai plaisir à lire !

Fiche libre : La saga des favorites

Bonjour à tous, aujourd’hui, une petite fiche livre 🙂

La saga des Favorites

Titre : La saga des favorites

Auteur : Jean des Cars

Edition : Perrin

Résumé : Qu’est-ce qu’une favorite ? Le mot, sans doute d’origine italienne, signifie qu’une femme « a les faveurs » d’une personne de haut rang. Elle ne se contente pas d’être une maîtresse, elle dispose de moyens, a une influence politique, économique ou artistique ; elle obtient des résultats, heureux ou calamiteux. Rien ne se fait ou se défait sans elle. Elle joue un rôle – qu’elle ne devrait pas jouer – en raison de son emprise sur le monarque, prince, roi, empereur, qu’il soit marié, veuf ou célibataire. Jean des Cars en a sélectionné seize, qui sont autant de célébrités, dans l’histoire de l’Europe :

  • Agnès Sorel, la « Dame de beauté » de Charles VII
  • Diane de Poitiers, amante d’Henri II jusqu’à sa mort
  • Gabrielle d’Estrées, favorite du « Vert Galant » Henri IV
  • La duchesse de La Vallière, La Montespan et La Maintenon, trois femmes qui ont marqué le règne de Louis XIV
  • La Pompadour et La Du Barry, favorites du « bien-aimé » Louis XV
  • Zoé du Cayla / Louis XVIII
  • Lola Montès, une aventurière dont s’éprend Louis Ier de Bavière
  • Anne-Elizabeth Howard et La Castiglione qui se glissent dans les draps de Napoléon III
  • Katia Dogorouki, maîtresse officielle du Tsar Alexandre II
  • Blanche Delacroix, Baronne de Vaughan, la « très belle » du « très vieux » roi Léopold II
  • Magda Lupescu / Carol II de Roumanie
  • Wallis Simpson, duchesse de Windsor, la plus célèbre des favorites du XXe siècle

Mon avis : Un excellent livre comme Jean des Cars sait si bien les faire. J’ai redécouvert des femmes que je connaissais déjà, ce qui est toujours sympathique, et j’ai découvert des favorites dont j’ignorais l’existence ou que je connaissais mal, notamment toutes celles après les favorites de Louis XV. Un joli tour d’horizon de ces femmes qui ont marqué l’histoire, très souvent pour le pire des hommes qui les ont aimées ! Seul petit bémol, parfois Jean des Cars manque un poil d’objectivité. On sent s’il a de l’affection ou non pour les favorites dont il parle.

Généalogie des Orléans

Voici la dernière partie de la généalogie des Rois de France, celle dédiée aux Orléans. Je remercie mon amie Kristina qui a gentiment accepté que je reprenne cette partie qu’elle a réalisée, en passionnée des Orléans 🙂

Orléans

Louis-Philippe Ier (1773-1830-1848-1850), fils de Louis Philippe Joseph d’Orléans et Louise Marie Adélaïde de Bourbon-Penthièvre

Epouse Marie-Amélie des Deux-Siciles (1782-1866), dont il a :

1. Ferdinand-Philippe (1810-1842), Duc d’Orléans, il épouse Hélène de Mecklembourg-Schwerin (1814-1858), dont il a :

1.1. Philippe d’Orléans (1838-1894), Comte de Paris et prétendant au trône de France sous le nom de Louis-Philippe II, puis Philippe VII, il épouse sa cousine Marie-Isabelle d’Orléans (1848-1919), dont il a :

1.1.1. Marie-Amélie d’Orléans (1865-1951), elle épouse Charles Ier du Portugal (1863-1908), postérité éteinte ;

1.1.2. Philippe d’Orléans, prétendant au trône de France sous le nom de Philippe VIII (1869-1926), il épouse Marie-Dorothée de Habsbourg-Lorraine (1867-1932), sans postérité ;

1.1.3. Hélène d’Orléans (1871-1951), elle épouse Emmanuel-Philibert de Savoie (1869-1931), dont postérité ;

1.1.4. Charles Philippe d’Orléans (1875- 1875) ;

1.1.5. Isabelle d’Orléans (1878-1961), elle épouse son cousin Jean d’Orléans (1874-1940), dont elle a :

1.1.5.1. Isabelle d’Orléans (1900-1983) elle épouse Bruno d’Harcourt (1899-1930), dont postérité ; puis elle épouse Pierre Murat (1900-1948), sans postérité ;

1.1.5.2. Françoise d’Orléans (1902-1953), elle épouse Christophe de Grèce (1889-1940), dont postérité ;

1.1.5.3. Anne d’Orléans (1906-1986), elle épouse Amédée de Savoie-Aoste (1898-1942), dont postérité ;

1.1.5.4. Henri d’Orléans, comte de Paris (1908-1999), prétendant au trône sous le nom d’Henri VI.

1.1.6. Jacques Clément d’Orléans (1880-1881) ;

1.1.7. Louise d’Orléans (1882-1958), ép. en 1907 Charles de Bourbon-Sicile (1870-1949), dont postérité ;

1.1.8. Ferdinand d’Orléans (1884-1924), il épouse Marie-Isabelle Gonzalez de Olaneta e Ibarreta (1897-1958), sans postérité.

1.2. Robert d’Orléans, Duc de Chartres (1840-1910), il épouse sa cousine Françoise d’Orléans (1844-1925), dont il a :

1.2.1. Marie-Amélie d’Orléans (1865-1909), elle épouse Valdemar de Danemark (1858-1939), dont postérité ;

1.2.2. Robert d’Orléans (1866-1885), sans alliance ni postérité ;

1.2.3. Henri d’Orléans (1867-1901) sans alliance ni postérité ;

1.2.4. Marguerite d’Orléans (1869-1940), elle épouse Marie-Armand-Patrice de Mac-Mahon (1855-1927), fils du Président de la République, dont postérité ;

1.2.5. Jean d’Orléans (1874-1940), prétendant au trône sous le nom de Jean III, il épouse  sa cousine Isabelle d’Orléans (1878-1961) dont il a :

1.2.5.1. Isabelle d’Orléans (1900-1983) elle épouse Bruno d’Harcourt (1899-1930), dont postérité ; puis elle épouse Pierre Murat (1900-1948), sans postérité ;

1.2.5.2. Françoise d’Orléans (1902-1953), elle épouse Christophe de Grèce (1889-1940), dont postérité ;

1.2.5.3. Anne d’Orléans (1906-1986), elle épouse Amédée de Savoie-Aoste (1898-1942), dont postérité ;

1.2.5.4. Henri d’Orléans, comte de Paris (1908-1999), prétendant au trône sous le nom d’Henri VI, il épouse Isabelle d’Orléans-Bragance (1911-2003), dont il a :

1.2.5.4.1. Isabelle d’Orléans (1932-), elle épouse Friedrich de Schönborn-Buccheim, dont postérité ;

1.2.5.4.2. Henri d’Orléans, Comte de Paris (1933-) prétendant au trône de France sous le nom d’Henri VII depuis 1999, il épouse Marie-Thérèse de Wurtemberg dont il a :

1.2.5.4.2.1. Marie d’Orléans (1959-), il épouse Gundakar de Liechtenstein (1949-), dont postérité ;

1.2.5.4.2.2. François d’Orléans (1961-2017), officiellement « Dauphin de France », handicapé mental, sans alliance ni postérité ;

1.2.5.4.2.3. Blanche d’Orléans (1962-), handicapée mentale, sans alliance ni postérité ;

1.2.5.4.2.4. Jean d’Orléans (1965-), « Dauphin de France » depuis la mort de son frère, il épouse Philomena de Tornos y Steinhart (1977-), dont il a :

1.2.5.4.2.4.1. Gaston d’Orléans (2009-) ;

1.2.5.4.2.4.2. Antoinette d’Orléans (2012-) ;

1.2.5.4.2.4.3. Louise-Marguerite d’Orléans (2014) ;

1.2.5.4.2.4.4. Joseph d’Orléans (2016) ;

1.2.5.4.2.4.5. Jacinthe (2018).

1.2.5.4.2.5. Eudes d’Orléans (1968-), il épouse Marie-Liesse de Rohan-Chabot (1969-) dont il a :

1.2.5.4.2.5.1. Thérèse d’Orléans (2001-) ;

1.2.5.4.2.5.2. Pierre d’Orléans (2003-).

1.2.5.4.4. Henri d’Orléans épouse ensuite Micaela Cousiño y Quiñones de León, dont il n’a pas d’enfant ;

1.2.5.4.5. Hélène d’Orléans (1934-), elle épouse Evrard de Limburg Stirum (1927-2001), dont postérité ;

1.2.5.4.6. François d’Orléans (1935-1960), sans alliance ni postérité ;

1.2.5.4.7. Anne d’Orléans (1938-) elle épouse l’Infant Carlos, Duc de Calabre (1938-), dont postérité ;

1.2.5.4.8. Diane d’Orléans (1940-), elle épouse Carl de Wurtemberg (1936-), dont postérité ;

1.2.5.4.9. Michel d’Orléans (1941-), jumeau de Jacques, il épouse Béatrice Pasquier de Franclieu (1941-) dont il a :

1.2.5.4.9.1. Clotilde d’Orléans (1968-) ép. Edouard Crépy, dont postérité ;

1.2.5.4.9.2. Charles-Philippe d’Orléans (1973-), il épouse Diana Alvares Pereira de Melo, dont postérité ;

1.2.5.4.9.3. François d’Orléans (1982-), sans alliance ni postérité.

1.2.5.4.10. Jacques d’Orléans (1941-), jumeau de Michel, il épouse Gersende de Sabran-Pontevès (1942-), dont il a :

1.2.5.4.10.1. Diane d’Orléans (1970-) ép. Alexis de Noailles, dont postérité ;

1.2.5.4.10.2. Charles-Louis d’Orléans (1972-), il épouse Ileana Manos, dont postérité ;

1.2.5.4.10.3. Foulques d’Orléans (1974-), sans alliance ni postérité ;

1.2.5.4.11. Claude d’Orléans (1943-), elle épouse Amedeo de Savoie, dont postérité ;

1.2.5.4.12. Chantal d’Orléans (1946-), elle épouse François-Xavier de Sambucy, dont postérité ;

1.2.5.4.13. Thibaut d’Orléans (1948-1982), il épouse Marion Gordon-Orr (1941), dont il a :

1.2.5.4.13.1. Robert d’Orléans (1976-) – sans alliance ni postérité ;

1.2.5.4.13.2. Louis-Philippe d’Orléans (1979-1980).

2. Louise d’Orléans (1812-1850), elle épouse Léopold Ier, Roi des Belges, dont elle a :

2.1. Louis-Philippe de Belgique (1833-1834) ;

2.2. Léopold de Belgique (1835-1909), duc de Brabant, futur Léopold II, il épouse Marie-Henriette d’Autriche (1836-1902), dont postérité, notamment les actuels monarques belges ;

2.3. Philippe de Belgique (1837-1905), comte de Flandre, il épouse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen (1845-1912), dont postérité ;

2.4. Charlotte de Belgique (1840-1927), elle épouse Maximilien d’Autriche, Empereur du Mexique (1832-1867), sans postérité.

3. Marie d’Orléans (1813-1839), elle épouse Alexandre de Wurtemberg (1804-1881), dont elle a :

3.1. Philippe de Wurtemberg (1838-1917), il épouse Marie-Thérèse de Habsbourg-Teschen (1845-1927), dont postérité.

 

4. Louis d’Orléans (1814-1896), Duc de Nemours, il épouse Victoire de Saxe-Cobourg (1822-1857) dont il a :

4.1. Gaston d’Orléans (1842-1922), Comte d’Eu, il épouse Isabelle de Bragance (1846-1921) dont il a :

4.1.1. Louise d’Orléans-Bragance (1874-1874) ;

4.1.2. Pierre d’Orléans-Bragance (1875-1940), il épouse Elisabeth Dobrzensky de Dobrzenicz (1875-1951), dont il a :

4.1.2.1. Isabelle d’Orléans-Bragance (1911-2003)

4.1.2.2. Pierre Gaston d’Orléans-Bragance (1913-2007), il épouse Espérance de Bourbon-Siciles (1914-2005), dont postérité ;

4.1.2.3. Françoise d’Orléans-Bragance (1914-1968), elle épouse Édouard de Bragance (1907-1976) – postérité

4.1.2.4. Jean d’Orléans-Bragance (1916-2005), il épouse Fatima Scherifa Chirine (1923-1990), dont postérité ;

4.1.2.5. Thérèse d’Orléans-Bragance (1919-2011), elle épouse Ernest Martorell y Caldero (1921-1985), dont postérité.

4.1.3. Louis d’Orléans-Bragance (1878-1920), il épouse Maria-Pia de Bourbon (1878-1973), dont postérité ;

4.1.4. Antoine d’Orléans-Bragance (1881-1918), sans alliance ni postérité.

4.2. Ferdinand d’Orléans (1844-1910), Duc d’Alençon, il épouse Sophie-Charlotte de Wittelsbach (1847-1897), dont il a :

4.2.1. Louise d’Orléans (1869-1952), elle épouse Alphonse de Bavière (1862-1933), dont postérité ;

4.2.2. Emmanuel d’Orléans (1872-1931), il épouse Henriette de Belgique (1870-1948), dont postérité.

4.3. Marguerite d’Orléans (1846-1893), elle épouse Władysław Czartoryski (1828-1894)

4.4. Blanche d’Orléans (1857-1932), sans alliance ni postérité.

5. Françoise d’Orléans (1816-1818) ;

6. Clémentine d’Orléans (1817-1907), elle épouse Auguste de Saxe-Cobourg d’où :

6.1. Philippe de Saxe-Cobourg-Kohary (1844-1921), il épouse Louise de Belgique (1858-1924), postérité éteinte ;

6.2. Auguste de Saxe-Cobourg-Kohary (1845-1907), il épouse Isabelle de Bragance (1846-1921), dont postérité ;

6.3. Marie-Clotilde de Saxe-Cobourg-Kohary (1846-1927), elle épouse Joseph de Habsbourg-Hongrie (1833-1905), dont postérité ;

6.4. Marie-Amélie de Saxe-Cobourg-Kohary (1848-1894), elle épouse Maximilien-Emmanuel de Wittelsbach (1849-1893), dont postérité ;

6.5. Ferdinand de Saxe-Cobourg-Kohary (1861-1948), premier Roi de Bulgarie, il épouse Marie-Louise de Bourbon-Parme (1870-1899), dont postérité.

7. François d’Orléans, prince de Joinville (1818-1900), il épouse Francisca du Brésil (1824-1898) d’où :

7.1. Françoise d’Orléans (1844-1925), elle épouse son cousin Robert d’Orléans (1840-1910), voir postérité plus haut ;

7.2. Pierre d’Orléans, duc de Penthièvre (1845-1919), sans alliance ni postérité légitime ;

7.3. Un fils mort-né en 1849.

8. Charles d’Orléans (1820-1828), duc de Penthièvre

9. Henri d’Orléans, Duc d’Aumale (1822-1897), il épouse Marie-Caroline des Deux-Siciles (1822-1869), dont il a :

9.1. Louis-Philippe d’Orléans (1845-1866), Prince de Condé, sans alliance ni postérité ;

9.2. François-Louis d’Orléans (1854-1872), Duc de Guise, sans alliance ni postérité ;

9.3. Cinq enfants mort-nés ou en bas âge.

10. Antoine d’Orléans, duc de Montpensier (1824-1890), il épouse Louise-Fernande d’Espagne (1832-1897), dont il a :

10.1. Marie-Isabelle d’Orléans (1848-1919), elle épouse son cousin Philippe d’Orléans (1838-1894), voir postérité plus haut ;

10.2. Marie-Amélie d’Orléans (1851-1870), sans alliance ni postérité ;

10.3. Marie-Christine d’Orléans (1852-1879), sans alliance ni postérité ;

10.4. Marie de la Regla d’Orléans (1856-1861) ;

10.5. Ferdinand d’Orléans (1859-1873) ;

10.6. Marie de Las Mercedes d’Orléans (1860-1878), elle épouse Alphonse XII d’Espagne (1857-1885), sans postérité ;

10.7. Philippe-Raymond (1862-1864) ;

10.8. Antoine d’Orléans (1866-1930), il épouse Marie-Eulalie d’Espagne (1864-1958), postérité éteinte ;

10.9. Louis-Philippe d’Orléans (1867-1874).

Fiche livre : Les derniers jours des rois

Bonjour à tous, je vous propose une nouvelle fiche livre aujourd’hui 🙂

Les derniers jours des Rois

Titre : Les derniers jours des rois

Auteur : Collectif, sous la direction de Patrice Gueniffey

Edition : Perrin

Résumé : Comment sont morts les principaux souverains qui ont fait la France, de Charlemagne à Napoléon III ? Les meilleurs historiens actuels répondent pour la première fois à cette question dans des contributions qui conjuguent exigence scientifique et écriture enlevée.

Qu’elles soient criminelles, accidentelles, longues ou spectaculaires, toutes les morts sont à la fois tragiques et éminemment politiques, comme le démontre Patrice Gueniffey dans sa présentation.

La mort du monarque est paradoxalement le moment clé de son existence car elle conditionne son inscription dans la postérité. Sa fin marque un commencement, car elle l’oblige à s’élever au-dessus de sa souffrance, par l’exemplarité et le sens de sa grandeur.

Ce « savoir-mourir » est l’apanage des hommes d’État. Riche en anecdotes et découvertes, cet ouvrage sans précédent offre ainsi un regard inédit sur le tragique et la mystique du pouvoir à la française.

Mon avis : Ce livre est très intéressant et très riche, je le conseille ! D’autant qu’il touche à un sujet jamais évoqué dans les livres ou très rapidement : la mort des rois. Seul petit point négatif, chaque roi étant traité par un historien différent, il y a parfois des chapitres un peu plus longs ou moins vivants que d’autres.

Fiche livre : Les Confessions de Constanze Mozart

Bonjour à tous ! Je vous propose aujourd’hui une nouvelle fiche livre 🙂

Titre : Les Confessions de Constanze Mozart (2 tomes)

Auteur : Isabelle Duquesnoy

Edition : Plon (attention le 2e tome n’est plus disponible actuellement)

Résumé :

Tome 1 : Une jeune femme s’apprête pour son mariage. Demain, elle épouse un homme qu’on s’accorde à trouver petit, affligé d’une grosse tête, provoquant… Pour comble, c’est l’ancien fiancé de sa sœur. Il s’appelle Mozart. Wolfgang Amadeus.

Qui est donc cette Constanze, qui devint la femme, puis la veuve du génie de la musique ? Elle dut apprendre à surmonter les complexes de son physique ingrat et taire sa jalousie pour garder son mari. Elle étouffa son exceptionnel talent de chanteuse pour concevoir des enfants, distribua des sourires à la Cour, goûta l’ivresse des belles manières, de la bière, de la gloire et de l’argent. Puis elle affronta les commérages, les trahisons, l’indigence et la séparation de la mort .

Ecrit sous forme de confession, cet ouvrage révèle la destinée d’une jeune femme incomprise et calomniée depuis plus de deux cents ans. Une héroïne romantique et réfléchie, qui rencontra Casanova, Beethoven, et parlait couramment trois langues …

Voici les pensées, les doutes, les joies de celle que Mozart aimait. Et pour la première fois, voici son triomphe.

Tome 2 : 1791. Mozart vient de mourir. Tombé dans l’oubli, son corps jeté à la fosse commune, le musicien de génie ne laisse que dettes et misère. Devant son masque mortuaire, ce pitoyable objet de plâtre qui est son seul héritage, Constanze jure de venger l’homme auquel elle a dédié sa vie. Sans moyens, impuissante, cette femme si effacée se révèle soudain habitée d’une énergie hors du commun, qu’elle emploiera désormais à bâtir sa revanche, sans hésiter à exploiter les tragiques remords de Salieri, à exacerber l’amertume des jaloux de l’œuvre mozartienne, à se réjouir des déboires de Beethoven, à sacrifier l’amour de ses propres enfants… Avec un acharnement incroyable, elle se consacre à entretenir le culte de son mari, et il n’est pas rare de la rencontrer errant dans le cimetière, à la recherche de ses souvenirs. Cette histoire est celle de cinquante ans de passion, l’aventure d’une femme totalement vouée à celui dont elle partagea la destinée, et pour qui elle réussit, en dépit de tous les obstacles, à créer un monument de mémoire : le festival de Salzbourg…

Mon avis : Je ne sais pas par où commencer tellement j’ai de choses à dire sur ce livre. Je l’ai vraiment adoré, il est très, très bien écrit, bien que parfois cru, et surtout il nous fait (re)découvrir Constanze Weber, toujours oubliée, souvent maltraitée par l’Histoire et les spécialistes de son génialissime mari, Mozart. Le langage cru que l’on trouve dans ces lignes est un choix de l’auteur afin de rester fidèle au XVIIIe siècle, où le langage était très polisson et scatologique. Nulle vulgarité ici. Ça peut surprendre parfois mais on s’y fait, et surtout on se rend compte de la façon dont Mozart, Constanze et tous leurs contemporains parlaient. En outre, les notes de fin d’ouvrage sont une mine d’informations extrêmement intéressantes et complètes. Les deux tomes sont basés sur quatre ans de recherches de l’auteur, des lettres réelles de Wolfgang, son père Léopold, sa sœur Nannerl, Constanze bien entendu, ses fils Karl et Franz-Xaver, ainsi que sur les mémoires de leurs contemporains (Thérèse von Brunswick, Lorenzo Da Ponte…) et sur des ouvrages reconnus dédiés à Mozart, ses proches, ses contemporains, et la vie du XVIIIe siècle à Vienne et Salzbourg. Le tome 1 a été préfacé par Geneviève Geffray, conservateur en chef du Mozarteum de Salzbourg (fondé par Constanze!) et montre bien que l’ensemble des faits relatés sont réels, même si les détails eux sont inventés pour le bon suivi de l’histoire. En tout cas ce livre est riche en émotions, on ne peut pas le lire sans ressentir toute la douleur de Constanze à la mort de Wolfgang, leurs années de bonheur et d’amour, sa rage de venger la mort de son mari seul dans l’oubli, sa satisfaction à voir les monuments érigés en sa mémoire, et enfin sa mort avec le crâne de Wolfgang dans les bras. Je vous le conseille vraiment !

Généalogie des Bourbon

Continuons dans la généalogie des Rois de France avec celle des Bourbon 🙂

Bourbon

Antoine de Bourbon, chef de la maison de Bourbon et descendant de Louis IX, et son épouse Jeanne d’Albret, Reine de Navarre, ont pour fils Henri de Bourbon, Roi de Navarre. Converti au Catholicisme, il succède à son beau-frère. La branche Bourbon vient de naître. Grâce à son titre de Roi de Navarre, Henri IV va définitivement la rattacher au royaume de France.

Henri IV le Grand (1553-1589-1610), fils d’Antoine de Bourbon et Jeanne d’Albret

1) Epouse Marguerite de France (1553-1615), dont il n’a pas d’enfant.

2) Epouse Marie de Médicis (1575-1642), dont il a :

  • Louis, futur Louis XIII (1601-1643) ;
  • Elisabeth (1602-1644), elle épouse le futur Philippe IV d’Espagne, dont elle a :
  1. Marie-Marguerite (1621-1621), née prématurée, n’a pas survécu ;
  2. Marguerite-Marie-Catherine (1623-1623) ;
  3. Marie-Eugénie (1625-1627) ;
  4. Isabelle-Marie-Thérèse (1627-1627) ;
  5. l’infant Balthazar-Charles (1629-1646) ;
  6. François-Ferdinand (mort-né en 1634) ;
  7. Marie-Anne-Antoinette (1635-1636) ;
  8. L’infante Marie-Thérèse (1638-1683), elle épouse son double cousin Louis XIV ;
  9. Un enfant mort-né (1644).
  • Christine-Marie (1606-1663), elle épouse du Prince Victor-Amédée Ier de Savoie ;
  1. un fils mort-né en 1621 ;
  2. Louis Amédée (1622-1628) ;
  3. Louise-Christine de Savoie (1629-1692), elle épouse Maurice de Savoie (1593-1657), sans postérité ;
  4. François-Hyacinthe de Savoie (1632-1638), duc de Savoie et prince de Piémont ;
  5. Charles-Emmanuel II de Savoie (1634-1675), duc de Savoie et prince de Piémont, il épouse Françoise-Madeleine d’Orléans (1648-1664), sans postérité ; puis Marie-Jeanne de Savoie-Nemours (1644-1724) dont il a un fils, Victor-Amédée II, qui épouse sa cousine Anne-Marie d’Orléans. Leur fille aînée, Marie-Adélaïde de Savoie, épouse le Duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, dont elle aura le futur Louis XV ;
  6. Marguerite-Yolande de Savoie (1635-1663), elle épouse Ranuce II, duc de Parme (1630 † 1694), dont postérité ;
  7. Henriette-Adélaïde de Savoie (1636-1676) elle épouse en 1652 Ferdinand-Marie de Bavière (1636-1679), dont elle a, entre autres, Marie-Anne-Christine (1660-1690) qui épouse le Grand Dauphin, fils de Louis XIV ;
  8. Catherine Béatrice de Savoie (1636-1637).
  • un garçon (1607-1611), duc d’Orléans ;
  • Gaston (1606-1660), Duc d’Anjou puis d’Orléans à la mort de son frère Nicolas, dit Monsieur, il épouse Marie de Bourbon (1605-1627), dont il a :
  1. Anne-Marie-Louise d’Orléans (1627-1693), dite « La Grande Mademoiselle », sans alliance ni postérité.

Gaston épouse ensuite Marguerite de Lorraine, dont il a :

  1. Marguerite-Louise d’Orléans (1645-1721), épouse de Cosme III, grand-duc de Toscane (1642-1723), dont postérité ;
  2. Élisabeth Marguerite d’Orléans (1646-1696), Duchesse d’Alençon, épouse de Louis Joseph de Lorraine, Duc de Guise, dont postérité ;
  3. Françoise-Madeleine d’Orléans, elle épouse Charles-Emmanuel II de Savoie, sans postérité ;
  4. Jean Gaston d’Orléans (1650-1652), duc de Valois ;
  5. Marie Anne d’Orléans (1652-1656), Mlle de Chartres.
  • Henriette-Marie (1609-1669), elle épouse Charles Ier d’Angleterre, dont elle a :
  1. Charles-James (1629-mort à quelques semaines) ;
  2. Charles II (1630-1685), il épouse Catherine de Bragance, sans postérité ;
  3. Marie Henriette (1631-1660), elle épouse Guillaume II d’Orange, dont postérité ;
  4. Jacques II (1633-1701), il épouse Anne Hyde (dont postérité), puis Marie de Modène (dont postérité) ;
  5. Elizabeth Stuart (1635-1650), sans postérité ;
  6. Anne Stuart (1637-1640);
  7. Catherine Stuart (1639-1639);
  8. Henry, duc de Gloucester (1640-1660), sans postérité ;
  9. Henriette-Anne Stuart (1644-1670), elle épouse son cousin Philippe d’Orléans, frère de Louis XIV.

Louis XIII le Juste (1601-1610-1643), fils d’Henri IV et Marie de Médicis

1) Epouse Anne d’Autriche (1601-1666), dont il a :

  • Louis-Dieudonné (1638-1715), futur Louis XIV ;
  • Philippe (1640-1701), Duc d’Anjou puis d’Orléans à la mort de son oncle Gaston, dit Monsieur. Il épouse sa cousine Anne-Henriette d’Angleterre (1644-1670), dont il a :
  1. Marie Louise d’Orléans (1662-1689), elle épouse Charles II de Habsbourg, Roi d’Espagne (demi-frère de la Reine Marie-Thérèse), sans postérité ;
  2. Philippe-Charles d’Orléans, duc de Valois (1664-1666) ;
  3. une fille mort-née (1665) ;
  4. un fils mort-né (1667) ;
  5. Anne-Marie d’Orléans (1669-1728), elle épouse Victor-Amédée II de Savoie, Roi de Sardaigne, dont elle a, entre autres, Marie-Adélaïde de Savoie, la mère du futur Louis XV.

Philippe épouse ensuite Elisabeth-Charlotte de Bavière, Princesse Palatine (1652-1722), dont il a :

  1. Alexandre-Louis d’Orléans, duc de Valois (1673-1676) ;
  2. Philippe d’Orléans (1674-1723), Duc de Chartres, puis Duc d’Orléans à la mort de son père, Régent de France à la mort de son oncle Louis XIV. Il épouse sa cousine bâtarde Françoise-Marie de Bourbon (1677-1749), Mlle de Blois, dont il a huit enfants. Son seul fils sera l’arrière-grand-père du Roi Louis-Philippe Ier (pour plus d’informations, je posterai une généalogie des bâtards des Rois de France) ;
  3. Élisabeth-Charlotte d’Orléans (1676-1744), elle épouse Léopold Ier (1679-1729), Duc de Lorraine et de Bar, dont elle a 16 enfants. Seuls 4 survivront à l’enfance, parmi eux est François-Etienne de Lorraine, père de la future Reine Marie-Antoinette.

 

Louis XIV le Grand ou le Roi-Soleil (1638-1643-1715), fils de Louis XIII et Anne d’Autriche

1) Epouse Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683), dont il a :

  • Louis « le Grand Dauphin » (1661-1711), il épouse Marie-Anne-Christine de Bavière (1660-1690), dont il a :
  1. Louis (1682-1712), Duc de Bourgogne, Dauphin en 1711, il épouse Marie-Adélaïde de Savoie (1685-1712), dont il a Louis (1704-1705), Duc de Bretagne ; Louis (1707-1712) Duc de Bretagne puis Dauphin ; Louis (1710-1774), Duc d’Anjou puis Dauphin en 1712, futur Louis XV. Louis épouse secrètement en 1795 Marie-Emilie de Joly de Choin (1670-1732), dont il n’a pas d’enfant ;
  2. Philippe (1683-1746), Duc d’Anjou, futur Roi d’Espagne sous le nom de Philippe V ;
  3. Charles (1686-1714), Duc de Berry, il épouse sa cousine Marie-Louise-Élisabeth d’Orléans (1695-1719), dont il a trois enfants mort-nés ou en bas âge.
  • Anne-Elisabeth (1662), morte à 1 mois ;
  • Marie-Anne (1664), morte à 1 mois ;
  • Marie-Thérèse (1667-1672), dite « la Petite Madame » ;
  • Philippe-Charles (1668-1671), Duc d’Anjou ;
  • Louis-François (1672), Duc d’Anjou, mort à 6 mois.

2) Epouse secrètement et morganatiquement Françoise d’Aubigné (1635-1719), veuve Scarron, titrée Marquise de Maintenon, dont il n’a pas d’enfant.

 

Louis XV le Bien-Aimé (1710-1715-1774), fils de Louis Duc de Bourgogne et Marie-Adélaïde de Savoie

1) Epouse Marie Leszczynska (1703-1768), dont il a :

  • Marie-Louise Elisabeth (1727-1759), dite Madame, puis Madame Première, puis Madame Infante (jumelle d’Henriette). Elle épouse Philippe Ier de Bourbon-Parme, fils de Philippe V d’Espagne, dont elle a :
  1. Marie-Isabelle de Bourbon-Parme (1741-1763), elle épouse Joseph II de Habsbourg, frère de Marie-Antoinette, dont elle a deux filles mortes en bas âge ;
  2. Ferdinand Ier de Parme (1751-1802), duc de Parme, il épouse Marie-Amélie de Habsbourg-Lorraine (1746-1804), sœur de Marie-Antoinette, dont il a 7 enfants ;
  3. Marie Louise de Bourbon-Parme (1751-1819), elle épouse Charles IV d’Espagne, dont elle a 14 enfants. Son dernier fils est l’ancêtre du prétendant légitimiste actuel, « Louis XX », Duc d’Anjou.
  • Anne-Henriette (1727-1752), dite Madame Henriette, puis Madame Seconde, puis Madame (jumelle d’Elisabeth) ;
  • Marie-Louise (1728-1733), dite Madame Troisième, puis Madame Louise ;
  • Louis-Ferdinand de France (1729-1765), Dauphin, il épouse Marie-Thérèse-Raphaëlle de Bourbon (1726-1746) dont il a :
  1. Marie-Thérèse (1746-1748), dite Madame.

Louis-Ferdinand épouse ensuite Marie-Josèphe de Saxe (1731-1767), dont il a :

  1. Marie-Zéphirine (1750-1755), dite Madame ;
  2. Louis-Joseph (1751-1761), Duc de Bourgogne ;
  3. Xavier-Marie-Joseph (1753-1754), Duc d’Aquitaine ;
  4. Louis-Auguste (1754-1793), Duc de Berry, futur Louis XVI ;
  5. Louis-Stanislas (1755-1824), Comte de Provence, Monsieur durant le règne de son aîné, futur Louis XVIII ;
  6. Charles-Philippe (1757-1836), Comte d’Artois, Monsieur durant le règne de son aîné, futur Charles X ;
  7. Marie-Adélaïde Clotilde (1759-1802), dite Madame Clotilde, elle épouse Charles-Emmanuel IV de Savoie (1751-1819), Roi de Sardaigne, dont elle n’a pas d’enfant ;
  8. Elisabeth Philippine (1764-1794), dite Madame Elisabeth, sans alliance ni postérité.
  • Philippe (1730-1733), Duc d’Anjou ;
  • Marie-Adélaïde (1732-1800), dite Madame Quatrième, puis Madame Troisième, puis Madame Adélaïde, puis Madame ;
  • Victoire Louise Marie Thérèse (1733-1799), dite Madame Quatrième, puis Madame Victoire ;
  • Sophie Philippine Elisabeth Justine (1734-1782), dite Madame Cinquième, puis Madame Sophie ;
  • Thérèse Félicité (1736-1744), dite Madame Sixième, puis Madame Thérèse ;
  • Louise-Marie (1737-1787), dite Madame Septième, puis Madame Dernière, puis Madame Louise, puis Sœur Thérèse de Saint-Augustin.

 

Louis XVI (1754-1774-1792-1793), fils de Louis Ferdinand de France et Marie-Josèphe de Saxe

1) Epouse Marie-Antoinette d’Autriche, dont il a :

  • Marie-Thérèse Charlotte (1778-1851), dite Madame Royale, Dauphine de France de 1826 à 1830. Elle épouse son cousin le Duc d’Angoulême, dont elle n’a pas d’enfant. Après l’abdication de Charles X, elle devient une Reine éphémère de quelques minutes, jusqu’à ce que son époux abdique à son tour en faveur de leur neveu ;
  • Louis-Joseph Xavier François (1781-1789), premier Dauphin ;
  • Louis-Charles, Duc de Normandie (1785-1795), deuxième Dauphin, futur Louis XVII de jure;
  • Marie-Sophie-Hélène-Béatrice (1786-1787).

En 1789, la Révolution éclate. En 1791, la Constitution est ratifiée à contrecœur par Louis XVI, qui devient Roi des Français. La monarchie absolue de l’Ancien Régime n’est plus. Suite à la prise d’assaut des Tuileries le 10 août 1792, Louis XVI est déchu de son trône et de son titre de Roi, puis enfermé à la Tour du Temple avec sa famille. Le 1er septembre 1792 est instaurée la 1ère République « Une et Indivisible ».

 

Louis XVII (1785-1793-1795), fils de Louis XVI et Marie-Antoinette

Louis-Charles devient Louis XVII de jure après l’exécution de son père. La France est alors une République, mais pour l’ensemble des royalistes, souvent hostiles à son oncle le Comte de Provence, il est reconnu comme Roi. Il décède officiellement en 1795, dans sa prison du Temple, d’un vice scrofuleux et de mauvais traitements. Pour plus d’informations concernant la légende de sa pseudo-évasion, voir mon dossier « L’Enfant du Temple ».

Louis XVIII devient Roi de jure à la mort de son neveu en 1795. Il est alors exilé et loin de son trône. En 1795, la Convention cède la place au Directoire. En parallèle, un jeune Général Corse, Napoléon Bonaparte, se fait un nom grâce aux campagnes d’Italie et d’Égypte. L’un des Directeurs, Sieyès, organise un coup d’État, mis en œuvre par Bonaparte. Ce coup d’État du 18 Brumaire (9 novembre 1799) met fin à la Révolution, instaurant le Consulat. Bonaparte devient Premier Consul, puis Consul à vie en 1802. Il instaure l’Empire en 1804 et devient Napoléon Ier. Déchu en 1814, il est exilé à l’Ile d’Elbe. Louis XVIII monte sur le trône et devient Roi de facto, C’est la Première Restauration. Napoléon parvient à s’échapper et revient durant les Cent-Jours, au terme desquels il est définitivement déchu. Exilé à Sainte-Hélène, il y décède en 1810. Louis XVIII revient une nouvelle fois, pour la Seconde Restauration. Sans héritier, il transmet le trône à son frère. Il sera le dernier Roi à mourir sur le trône et à être inhumé en France.

 

Louis XVIII (1755-1795-1814-1824), fils de Louis-Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe

1) Epouse Marie-Joséphine de Savoie, fille de Victor-Amédée III de Savoie, dont il n’a pas d’enfant.

 

Charles X (1757-1824-1830-1836), fils de Louis Ferdinand de France et de Marie-Josèphe de Saxe

1) Epouse Marie-Thérèse de Savoie, sœur de Marie-Joséphine de Savoie, dont il a :

  • Louis-Antoine (1775-1844), Duc d’Angoulême, Dauphin, futur « Louis XIX » ;
  • Sophie (1776-1783) ;
  • Charles Ferdinand d’Artois (1778-1820), Duc de Berry. De sa relation (mariage secret ?) avec Amy Brown, il a :
  1. Charlotte-Marie-Augustine de Bourbon (1808-1886), comtesse d’Issoudun, princesse de Faucigny-Lucinge, dont postérité ;
  2. Louise-Charlotte-Marie de Bourbon (1809-1891), comtesse de Vierzon, baronne de Charette, dont postérité.

Charles Ferdinand épouse Caroline des Deux-Siciles, dont il a :

  1. Louise-Isabelle (1817-morte à un jour) ;
  2. Louis (mort-né en 1818) ;
  3. Louise d’Artois (1819-1864), elle épouse Charles III de Parme, duc de Parme, dont elle a quatre enfants. Son fils Robert aura douze enfants, majoritairement handicapés mentaux, ainsi que la future Impératrice d’Autriche Zita ;
  4. Henri d’Artois (1820-1883) duc de Bordeaux, puis comte de Chambord, futur « Henri V ».
  5. Marie-Thérèse, (1783-morte à 11 mois), Mademoiselle d’Angoulême.

 

« Louis XIX » (1775-1830-1830-1844), fils de Charles X et de Marie-Thérèse de Savoie

1) Epouse Marie-Thérèse-Charlotte de France, dont il n’a pas d’enfant.

Fils de Charles X, il devient un Roi éphémère lorsque son père abdique. Il abdique alors à son tour en faveur de son neveu le Comte de Chambord, éphémère Henri V.

 

« Henri V » (1820-1830-1830-1883), fils de Charles-Ferdinand d’Artois et de Marie-Caroline des Deux-Siciles

1) Epouse Marie Thérèse de Modène (1817-1886), dont il n’a pas d’enfant.

Petit fils de Charles X, titré duc de Bordeaux puis comte de Chambord, il devient « Henri V » aux yeux des royalistes légitimistes, lorsque son oncle « Louis XIX » abdique en sa faveur. Devant régner sous la régence de Louis-Philippe, celui-ci s’octroie le pouvoir et devient Louis-Philippe. « Henri V » part en exil. Après l’Empire, le président de la IIIe République, le Maréchal Mac Mahon, royaliste, lui propose de le reconnaître comme Roi. Refusant le drapeau tricolore, héritage révolutionnaire, et préférant conserver le drapeau blanc de la monarchie, il renonce définitivement à son trône. « Henri V » est donc le dernier descendant direct de Louis XV, avec lui s’éteint la branche Bourbon.

Alix de Hesse-Darmstadt

Bonjour à tous, je vous propose aujourd’hui de découvrir celle qui fut la dernière Tsarine de Russie, Alix de Hesse-Darmstadt, alias Alexandra Feodorovna.

Pour plus de facilité, toutes les dates correspondent à notre calendrier grégorien. Le calendrier julien, en vigueur en Russie jusqu’à 1918, retardait de treize jour par rapport au nôtre.

Alexandra Feodorovna

Alix Victoria Hélène Louise Béatrice de Hesse naît le 6 juin 1872 à Darmstadt. Elle est le sixième enfant et l’avant-dernière fille de Louis IV de Hesse et de son épouse Alice du Royaume-Uni. Par sa mère, elle est une petite-fille de la Reine Victoria et donc une cousine du futur Roi d’Angleterre, mais aussi du futur Kaiser Guillaume II d’Allemagne.

 

Alice du Royaume-Uni et Louis IV de Hesse

Alix est baptisée le 1er juillet 1872. Ses parrains sont son cousin le Prince de Galles (futur Edouard VII) et Alexandre III de Russie, son futur beau-père ; sa marraine est sa tante Béatrice du Royaume-Uni. Ses frères et sœurs sont : Victoria (1863-1950) qui épouse Louis de Battenberg ; Elisabeth dite Ella (1864-1918) qui épouse le Grand-Duc Serge Alexandrovitch Romanov ; Irina (1866-1953) qui épouse Henri de Prusse, frère du Kaiser Guillaume II ; Ernst-Louis dit Ernie (1868-1937) qui épouse Victoria-Mélita de Saxe-Cobourg-Gotha puis Eléonore de Solms Hohensolms Lich ; Frédéric dit Frittie (1870-1873) ; et Marie (1874-1878).

Famille de Hesse
La famille de Hesse

C’est une très belle enfant, souriante, rayonnante et joyeuse. Sa famille la surnomme Sunny en raison de son caractère enjoué. Elle ressemble beaucoup à sa sœur Ella et à leur mère. Alice est la digne fille de Victoria et applique ses méthodes d’éducation stricte : les chambres sont sans confort, peu meublées, les repas sont légers, les horaires précis, les emplois du temps réglés comme des horloges. Alix, son frère et ses sœurs grandissent entre deux cultures : allemande et anglaise. Ils vont souvent en vacances en Angleterre auprès de leur grand-mère Victoria. A Darmstadt, Alix se promène dans sa carriole tirée par un poney et prend les vieilles robes de sa mère pour se déguiser. En 1873, alors qu’elle n’a qu’un an, son frère Frittie, décède d’une hémorragie après être accidentellement tombé par une fenêtre de la chambre de leur mère. Cette hémorragie vient d’une maladie très « victorienne » : l’hémophilie, qui empêche le sang de coaguler. La moindre blessure, le moindre choc peuvent entraîner une hémorragie fatale à celui qui en est atteint. Transmise par les femmes, elle ne touche que les hommes. Victoria, qui la tient de sa mère, la Duchesse de Kent, l’a transmise à sa descendance. Plusieurs membres de sa famille en sont victimes : Léopold, le fils de Victoria ; trois fils de sa fille Béatrice ; deux fils de sa fille Victoria-Eugénie (le troisième fils, grand-père de l’actuel Felipe VI d’Espagne, est le seul à y avoir échappé). Forcément, Alice, la fille de Victoria, est porteuse du gène déficient. Elle l’a transmis à ses enfants, dont son plus jeune fils, Frittie, qui y a succombé. Sa fille Irina va aussi perdre un fils à cause de la maladie et Alix va, à son tour, « donner » l’hémophilie à son fils Alexis, mais nous n’y sommes pas encore… En 1878, la petite fille perd sa sœur Marie, âgée de quatre ans, atteinte de diphtérie. Huit jours plus tard, sa mère succombe de la même maladie après avoir veillé sa fille. On brûle les jouets, les chambres sont lavées et désinfectées. Dès lors, la petite Sunny disparaît. L’enfant cesse de sourire, se renferme sur elle-même et ne s’épanche qu’avec sa grand-mère qu’elle adore.

Sunny
« Sunny » n’existe plus…

Louis de Hesse se désintéresse de ses enfants. L’aînée, Victoria, va jouer le rôle de mère de famille pour ses cadets. Alix est la préférée de sa grand-mère, surnommée « Granny », qui se charge de l’éducation des orphelins. L’enfant va être élevée alternativement en Grande-Bretagne et à Darmstadt. La gouvernante et la nurse sont anglaises et soigneusement choisies par la matriarche. Elles font un rapport détaillé à Victoria qui surveille et ordonne tout, même les menus et les heures de repas. Alix excelle en anglais, en littérature, en géographie, en histoire et s’intéresse à la politique, à la façon de gouverner. N’a-t-elle pas pour modèle Victoria ? Elle joue également du piano mais refuse d’en jouer en public. En grandissant, la jeune princesse se renferme de plus en plus sur elle-même, elle est solitaire, sombre, timide à l’excès et semble froide. Elle ravale son besoin d’amour et se cache derrière son image de jeune fille parfaite et obéissante.

Ella de Hesse
Elisabeth « Ella » de Hesse-Darmstadt

En mai 1884, Alix, qui a douze ans, se rend en Russie à l’occasion du mariage de sa sœur Ella avec le grand-duc Serge, frère du Tsar. Elle y rencontre le Tsarévitch, Nicolas Alexandrovitch, âgé de seize ans. Tous deux timides, ils se jettent des regards en coin. Il lui offre une broche qu’elle accepte… avant de changer d’avis ! Ils se savent amoureux mais l’affaire en reste là. Cinq ans plus tard, Ella fait venir sa sœur à Saint-Pétersbourg, où elle retrouve Nicolas. Ils visitent la ville, vont patiner ensemble. Leurs caractères se correspondent et leurs sentiments se font plus forts. Il y a peu, la princesse avait refusé le mariage que lui proposait « Granny », à savoir épouser son cousin Albert Victor, Duc de Clarence. Victoria ne pouvant aller contre sa petite-fille chérie, elle accepte et espère bien qu’Alix deviendra un jour Tsarine. Nicolas donne une fête pour la jeune fille avant qu’elle ne quitte la Russie, où elle reviendra quelques mois plus tard, tandis que le Tsarévitch fera son Grand Tour. A cette occasion, Alix découvre un pays rempli à la fois de splendeur et de pauvreté.

En 1891, nouveau voyage en Russie. Le bruit court que la princesse pourrait épouser le tsarévitch, mais elle fait mauvaise impression à la cour. Maria Feodorovna, la Tsarine, n’en veut pas comme belle-fille, Alexandre III non plus. La cour se calque sur le couple impérial. On décrit la jeune fille comme froide, hautaine, maladroite, sans aucun goût. Seul Nicolas est subjugué et amoureux. Ses parents lui parlent d’un mariage français avec Hélène d’Orléans, mais il refuse : il veut son « incomparable Alix ». Deux ans plus tard, la jeune fille perd son père et son frère devient le nouveau Grand-Duc de Hesse. Il se marie l’année suivante et c’est au tour de Nicolas de venir en terre allemande à cette occasion. Ernst épouse une de leurs cousines, Victoria-Mélita d’Edimbourg. Le Tsarévitch fait une cour assidue Alix. Elle est toujours très éprise du Tsarévitch, mais un obstacle la freine : la religion. Fervente luthérienne depuis son enfance, encore plus après les décès de sa mère et de sa sœur, elle a du mal à envisager de se convertir à l’orthodoxie. À force de discussion et d’arguments, elle plie. Le 8 avril, les fiançailles sont officiellement annoncées. Nicolas rayonne de joie. Bien que ses parents se disent ravis d’accueillir Alix dans la famille, il n’en est rien. La jeune fille, elle, irradie de bonheur et espère que Maria Feodorovna sera comme une seconde mère pour elle. Elle se trompe… Les amoureux doivent se séparer et c’est un déchirement. Ils s’écrivent quotidiennement, Alix a même annoté le journal intime de son fiancé. En Russie, la nouvelle fait l’effet d’une bombe. En effet, tous les mariages précédents de tsars avec des femmes de cette Maison se sont soldés par des drames. Les fiancés se revoient en juin suivant : il bouillonne tellement de la revoir qu’il n’a pu se résoudre à attendre son arrivée en Russie ! Pour la former à son futur rôle de tsarine, on lui envoie un prêtre orthodoxe et un professeur de russe, ainsi qu’une lectrice, Mme Schneider. Chaque progrès de la jeune femme est salué avec enthousiasme par Nicolas, fou d’amour.

Alix et Nicky fiancés
Alix et Nicky enfin fiancés

La santé d’Alexandre III se fait inquiétante. Nicolas se résigne à rester avec son père mais il brûle de retrouver Alix. Aussi il obtient quelle le rejoigne à Livadia, où se trouve le Tsar mourant. La princesse se jette à l’eau, quitte Darmstadt et s’installe chez Ella. Titrée « Très Croyante Grande-Duchesse Alexandra Feodorovna » jusqu’à ses noces, elle épaule son fiancé dans la terrible période qu’il traverse. Alexandre III prend sur lui pour recevoir convenablement sa filleule et future belle-fille. Comme il est au plus mal, l’attention se porte plus sur lui que sur les jeunes fiancés. Alix n’a pas droit à une cérémonie en grande pompe ou à des effusions de joie pour son arrivée. Elle en ressent un pincement au cœur mais comprend la situation et s’efface le plus possible. N’étant pas encore mariée, étrangère, se voulant discrète, Alexandra va se forger la réputation d’une femme sombre, distante, hautaine. En réalité, elle ne peut se permettre une autre attitude, qui aurait été autrement moins bien vue ! Alexandre III meurt le 2 novembre. Nicolas est effondré de perdre son père et de récupérer un trône auquel on ne l’a pas préparé. Alix le soutient toujours dans la foi qui ne la quittera jamais, elle encourage Nicolas, dans ses lettres et dans son journal, à se tourner vers Dieu pour l’assister dans sa lourde tâche. Le lendemain, elle se convertit et devient Alexandra Feodorovna. On parle d’un mariage sans pompe dans les jours prochains, mais les oncles de Nicolas l’en dissuadent. Alexandra les respecte mais s’en méfie à juste titre : ils s’accrochent au pouvoir de leur neveu et espèrent pouvoir jouer un rôle auprès de lui le plus longtemps possible. Le corps d’Alexandre III est ramené de Livadia à Saint-Pétersbourg. Alexandra fait sa première apparition publique à cette occasion. Vêtue de noir, effacée, elle s’avance derrière le convoi funèbre du Tsar défunt. Dans le peuple, à la cour, on murmure qu’elle est « arrivée à Saint-Pétersbourg derrière le cercueil de son beau-père » et qu’elle amène le malheur avec elle… Les préparatifs du mariage alternent avec les cérémonies du deuil d’Alexandre III. Alexandra passe des vêtements noirs de deuil à sa robe blanche de mariée en une semaine. Le mariage a lieu le 26 novembre à Saint-Pétersbourg. Alexandra porte les joyaux de la couronne, elle est radieuse. C’est le plus beau jour de sa vie, celui où elle épouse enfin son cher Nicky ! Mais le mariage se fait très tôt après le décès d’Alexandre III, ce qui choque profondément la Cour et la population.

Mariage Nicky Alix
Mariage de Nicolas II et Alexandra

Une fois la cérémonie terminée, les jeunes mariés se rendent au palais Anitchkov où vit la tsarine douairière, qui leur offre le pain et le sel selon la tradition. Le couple y séjourne le temps que les travaux de réaménagement du Palais Alexandre soient terminés, afin de les accueillir. Alexandra a beau être la nouvelle impératrice, elle doit céder le pas à son imposante belle-mère. Mondaine avertie, à l’aise dans ses mouvements et en public, intégrée à son pays d’adoption et parlant le russe, Maria contraste furieusement avec sa belle-fille. Elle a sa petite cour et le soutien d’une famille impériale hostile à Alexandra, dont les oncles de Nicolas II. Alexandra aime sincèrement son nouveau pays, mais elle le découvre à peine. Ce que l’on prend pour de la froideur et du dédain ne sont qu’en fait de la réserve. Alexandra continue d’apprendre  le français, langue usitée à la Cour, mais aussi le russe, l’histoire de la Russie et de ses dynasties. De toute façon, quoi qu’elle fasse, la jeune souveraine est critiquée. Quand elle paraît pour la première fois en public en tant que Tsarine, elle et Nicolas sont aussi tendus l’un que l’autre. Lorsqu’elle stresse, Alexandra a le visage qui se couvre de plaques rouges. Elle essaye de faire bonne figure malgré tout, mais elle fait mauvaise impression auprès de la Cour qui la rejette. Alexandra le sait et se replie encore plus sur elle-même. Elle aime être en son particulier, soulager les souffrances des autres ; la vie mondaine lui déplaît au plus haut point, ce que personne ne comprendra jamais.

Les journées du couple se résument à répondre aux courriers de félicitations ou de condoléances, à écouter les requiem donnés en mémoire d’Alexandre III, à apprendre le russe pour Alexandra tandis que Nicolas travaille aux affaires de l’État. Tous les repas sont pris avec Maria Feodorovna et les jeunes mariés n’ont pour seul moment ensemble que les soirs et l’heure du thé. Alexandra supporte tout, soutenue par cet amour indéfectible qui les lie tous les deux. Début 1895, quand le jeune couple impérial s’installe au Palais Alexandre, elle se sait enceinte. Elle supporte mal cette grossesse et souffre de douleurs aux jambes. Elle n’aime pas le soleil, le plein air ni le sport : tout l’inverse de son époux. A un stade avancé de sa grossesse, elle ne se déplace plus qu’en chaise roulante, poussée par Nicolas. On espère un héritier, mais c’est une fille, Olga, qui voit le jour le 15 novembre 1895. L’accouchement se passe très bien et, comme l’indique Nicolas dans son journal, Alexandra est sur pied le soir-même. Bien que ce soit une fille, les parents sont ravis. La jeune mère choisit d’allaiter contre l’avis de la Tsarine douairière, elle coud des layettes pour son enfant et décide de fonder des établissements dédiés aux mères et à leurs bébés. Partout ailleurs, la déception est rude mais au moins, on sait que la Tsarine n’est pas stérile et on espère qu’elle sera de nouveau bientôt enceinte.

Olga Romanov
Olga Nicolaïevna Romanov

Le couronnement a lieu le 26 mai 1896. La cérémonie doit être suivie d’une fête à la Khodynka, où nourriture et boissons sont servies gratuitement et à volonté au peuple. Mais la foule, trop pressée, envahit le lieu bâti sur un sol mal adapté. Le plancher s’effondre sous ce poids et plus de trois-milles personnes décèdent piétinées. Tandis que Moscou pleure ses morts, le couple impérial déjeune puis se rend (enfin !) sur les lieux du drame. Alexandra apparaît sombre. Là encore, on la considère comme froide, distante avec son peuple. Quelques jours plus tard, elle accompagne Nicolas à un bal organisé par l’ambassadeur français en Russie. Leur présence à cette festivité, qui aurait dû être annulée, choque profondément la population et la Cour. Aussitôt, la faute est portée sur la Tsarine, qui n’a pourtant fait que suivre son époux, encouragé par son oncle Serge, le mari d’Ella. Nicolas a payé de ses deniers les funérailles de toutes les victimes et envoyé de l’argent à leurs proches. Malgré ce geste, c’est une première tache indélébile qui jaillit sur le trône.

Visite à Victoria
Alexandra rend visite à « Granny » et lui présente sa fille

En septembre, Victoria revoit sa grand-mère. Elle a emmené Olga avec elle, là encore contre l’avis de sa belle-mère. Elle est heureuse de montrer sa fille à « Granny », qui peut constater par elle-même le bonheur conjugal de sa petite-fille préférée.  Ensuite, en octobre, le couple impérial se rend à Paris, pour une visite officielle dans le cadre de l’alliance franco-russe voulue par Alexandre III. Alexandra se sait enceinte et le programme du voyage l’épuise. Pourtant, elle tente de faire bonne figure, bien que gênée en public. C’est avec un certain soulagement que les souverains russes repartent chez eux. Le 10 juin 1897, Alexandra met au monde son deuxième enfant, encore une fille, nommée Tatiana. Avec de la chance, la troisième fois sera la bonne, se dit-elle…

Tatiana Romanov
Tatiana Nicolaïevna Romanov

Alexandra allaite toujours et partage son temps entre ses deux bébés, malgré les remontrances de Maria Feodorovna. En voulant se renfermer dans son privé, être une épouse et une mère avant d’être une souveraine, Alexandra se retire le soutien d’une partie de la Cour. Elle n’a que très peu d’amies. Seules quatre compteront dans sa vie : Lili Dehn, Sonia Orbeliani, Maria Bariatinsky et plus tard Anna Vyroubova qu’elle surnommera Ania. Fin 1898, Alexandra se sait enceinte. Elle a une mauvaise circulation sanguine et ses jambes la font souffrir. La station debout lui est pénible. Nicolas la pousse amoureusement dans sa chaise roulante, dans les jardins de Tsarkoïe Selo. Lorsque le Tsar s’occupe des affaires de l’Etat, la Tsarine est dans son fameux boudoir mauve (sa couleur préférée) dont les murs sont recouverts de portraits de famille, de photographies et d’un portrait de Marie-Antoinette avec ses enfants. Nicolas y retrouve sa femme pour le thé ou un moment paisible à deux. C’est dans cette ambiance d’amour que naît Maria le 26 juin 1899. Comme pour Tatiana, l’accouchement est difficile. Et surtout, malgré leur bonheur, Alexandra et Nicolas sont déçus : ce n’est toujours pas l’héritier tant attendu !

Maria Romanov
Maria Nicolaïevna Romanov

Après avoir veillé Nicolas, malade, Alexandra apprend le décès de sa grand-mère en janvier 1901. Terrassée par la mort de Victoria, elle peine à s’en remettre et n’a même pas le soulagement de pouvoir assister à ses funérailles, car elle est encore enceinte. Le 5 juin, elle donne naissance à Anastasia. Alexandra est épuisée et effondrée : est-elle maudite, pour ne pas arriver à donner un héritier à l’Empire ? Nicolas II sort un instant prendre l’air, tant sa déception est immense. Mais une fois la tristesse passée, les parents se ressaisissent et savourent leur bonheur.

Anastasia Romanov
Anastasia Nicolaïevna Romanov

La souveraine a un emploi du temps bien réglé. Après le petit-déjeuner, Alexandra supervise le passage de ses filles auprès du Dr Botkine.  Les premières années, elle reste avec elles durant leurs cours, vérifie les cahiers, suit leurs progrès. Ensuite, elle passe la main à la Princesse Orbeliani, son attention se concentrant sur son fils. Tandis que les Grandes-Duchesses se rendent en balade à onze heures, Alexandra va faire son courrier dans son boudoir mauve et se repose. Elle déjeune seule, plus tard ce sera en compagnie du Tsarévitch. L’après-midi, elle se promène en calèche et en profite pour visiter les institutions qu’elle patronne, les lieux de culte ou les hôpitaux. Après le thé en famille, Alexandra reste auprès de Nicolas ou, s’il retourne dans son bureau, elle brode, coud, peint, discute avec sa lectrice ou ses amies. Le dîner est servi à vingt heures, mais elle y touche à peine, son appétit étant limité. Après le repas, la famille se réunit pour des activités avant de dormir. Parfois, la Tsarine joue du piano. Nicolas et Alexandra dorment ensemble. Avant de dormir, ils prennent un dernier thé à vingt-trois heures puis il rédige son journal tandis qu’elle mange des biscuits en lisant. Elle observe la même rigueur pour ses filles qu’elle élève comme elle l’a elle-même été. Elle veut que par cette éducation stricte et sans faste, ses enfants soient des personnes simples, dépourvues de hauteur et prêtes à aider leur prochain. Les lits des Grandes-Duchesses n’ont pas d’oreiller, elles prennent un bain froid tous les matins, elles font leurs lits elles-mêmes et sont d’une extrême politesse avec les domestiques. Par exemple, elles demandent « auriez-vous l’amabilité de faire telle ou telle chose, s’il vous plaît ? » et ne donnent jamais d’ordre. En outre, Alexandra leur impose de partager leurs nombreux jouets avec les enfants des domestiques. C’est au moins la moitié de leurs joujoux qui sont offerts gracieusement, de même que leurs vêtements devenus trop petits. D’ailleurs, la Tsarine ne se limite pas à ces présents. Elle aide financièrement, sur sa propre cassette, les jeunes couples de domestiques à se lancer dans la vie, elle offre de financer les études de leurs enfants et est la marraine de beaucoup d’entre eux. En 1917, elle sera bien mal récompensée de sa gentillesse… Alexandra aime ses filles tendrement et préfère passer du temps avec elle plutôt qu’à la Cour. Malgré tout l’amour dont elle déborde pour Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, elle ne veut qu’une chose : un fils. Elle s’use en prières pour être enfin exaucée.

Alexandra 1

En septembre 1901, le couple impérial se rend en France. Cette fois, ils ne logent pas à Paris mais à Compiègne, où des travaux ont été effectués pour remettre en état les anciens appartements de Napoléon III et Eugénie. Alexandra semble terne, fermée, elle ne fait pas bonne impression au Président Loubet et au gouvernement. Son comportement s’explique par la crainte perpétuelle d’un attentat : elle redoute à chaque instant que son époux ne soit assassiné. A cela s’ajoute la pression continuelle de donner naissance à un fils, poids qu’elle porte même hors de Russie. C’est là qu’intervient un homme se disant mystique mais qui n’est autre qu’un charlatan, un certain Monsieur Philippe. Alexandra le fait venir à Compiègne et espère que ses conseils et prières l’aideront à avoir enfin un fils. Par la suite, elle le convie en Russie et le reçoit à Tsarskoïe Selo. Début 1902, elle se croit enceinte : M. Philippe le lui a affirmé ! Elle fait du « mage » son médecin « gynécologue » personnel mais, celui-ci n’ayant aucun diplôme, elle demande à Nicolas II d’écrire à la France pour que l’homme soit enfin diplômé. Le refus est sans appel. Nouvelle tentative auprès de la Russie, nouvel échec. Alexandra est furieuse. Une enquête est demandée par les membres de la famille impériale et la liste des délits de M. Philippe est affolante : exercice illégal de la médecine, imposteur, spéculateur, franc-maçon, arnaqueur, détournement d’héritage, déjà condamné plusieurs fois. La naissance n’arrivant pas, Nicolas II s’interroge et Maria Feodorovna impose à sa belle-fille un contrôle gynécologique par un éminent spécialiste. Le verdict est sans appel : l’Impératrice fait une grossesse nerveuse et tend vers une hystérie latente. Il est aussitôt renvoyé et chassé de Russie. Lorsqu’enfin le travail commence, la stupéfaction est totale : le ventre d’Alexandra redevient plat mais aucun enfant ne naît. Le gynécologue est rappelé et il confirme son précédent diagnostique : il n’y avait aucun bébé. La nouvelle de cette grossesse nerveuse et la crédulité de l’Impératrice font le tour de la Cour. On se gausse de cette souveraine si naïve ! Elle se rend enfin à l’évidence et est anéantie. Tant désireuse d’avoir un fils, elle a foncé tête baissée dans les racontars de ce charlatan. Toutefois M. Philippe s’en sort très bien : il invoque la religion comme source de son erreur. Par cette pirouette, non seulement il évite une condamnation, mais en outre Alexandra lui conserve sa confiance. Elle le citera plusieurs fois dans ses lettres, évoquant des objets qu’il a bénis. En bonne convertie, Alexandra devient plus orthodoxe que les orthodoxes. Mais cette orthodoxie à laquelle elle s’adonne corps et âme est teintée de spiritisme, de rites, de légendes. Ce n’est pas là la religion orthodoxe à laquelle les Russes, dont elle a une image pour le moins erronée, s’adonnent. Elle vénère les icônes comme si chacune d’elle avait un pouvoir salvateur et en met partout  dans son boudoir mauve et dans sa chambre. Jusqu’à Iekaterinbourg, les pièces qu’elle occupe le plus en seront remplies. Witte écrira dans ses mémoires : « Il est facile de voir comment la religion d’une telle femme, qui vit dans l’atmosphère morbide d’un luxe oriental, entourée d’une légion de flatteurs sans cesse courbés devant elle, devait fatalement dégénérer en un mysticisme indigeste et en un fanatisme que ne tempérait aucune aimable douceur ». Alexandra vit dans une ferveur religieuse, loin de toute réalité, dans un monde mystique qu’elle s’est créé. Dans ses appartements, la Tsarine reçoit des moines, des nonnes, des infirmes qui viennent frapper à sa porte pour obtenir de l’aide. Elle ne leur refuse jamais rien et ils repartent avec un peu d’argent : « Ils disent beaucoup plus à mon cœur, que ces archevêques qui se présentent en robe de soie précieuse. En regardant ces derniers, je me demande parfois quelle différence il y a entre eux et les élégantes du grand monde ».

Sur les conseils de M. Philippe, Alexandra s’est donné pour mission de faire canoniser un moine du XVIIIe siècle, Séraphin de Sarow, et obtient gain de cause : Nicolas II a insisté auprès des hautes autorités de l’Eglise Orthodoxe en ce sens. Le 19 juillet 1903, elle et Nicolas assistent à la cérémonie, puis elle se baigne dans une fontaine qui permettrait aux femmes stériles de pouvoir enfin procréer. Bien qu’elle ait montré sa fécondité, la souveraine est prête à tout pour avoir un fils et s’empresse de passer la nuit dans cette source. En outre, Saint-Séraphin aidera Alexandra, il intercédera pour elle auprès de Dieu ! On voit là le degré d’exaltation de la Tsarine… Apprenant la venue du couple impérial, un certain Raspoutine prédit que « l’année suivante » naîtra un fils. A la fin de l’année, la souveraine apprend qu’elle est enceinte et se persuade qu’elle porte enfin l’héritier tant attendu. Hasard ou miracle, le 12 août 1904, Alexandra met au monde un garçon, le Tsarévitch Alexis. La naissance est facile et rapide, Nicolas II est comblé. Son épouse est heureuse et soulagée : en donnant un héritier à l’Empire, elle a accompli son devoir dynastique.

Alexis Romanov
Alexis Nicolaïevitch Romanov

Mais le bonheur se change rapidement en désespoir. En effet, âgé d’un mois et demi, le petit Alexis a un saignement au nombril qui peine à être arrêté. Quand il commence à marcher à quatre pattes, des boules bleues viennent enfler ses articulations. Le verdict est implacable : le Tsarévitch est hémophile. Nicolas II et Alexandra sont effondrés. La médecine de ce début du XXe siècle n’est pas encore assez avancée pour sauver Alexis et ses parents savent qu’il est condamné. Survivra-t-il assez longtemps pour leur succéder ? Comme l’hémophilie se transmet par les femmes, Alexandra, en double peine, se sent entièrement responsable du mal dont souffre son enfant. Elle s’en voudra toute sa vie et n’a dès lors qu’une peur : perdre son fils unique. Alexis est un enfant adorable, très beau, seul l’air distant d’Alexandra peut trahir ce mal qui le ronge, mais tout le monde y étant habitué, on ne soupçonne pas que ça vient de la santé de son fils. Au final, quelques proches savent qu’Alexis est malade. La régularité des crises va mettre au courant le gouvernement. Le peuple ne saura que bien plus tard ce qu’il en est de l’héritier du trône. Epuisée par les grossesses, souffrant des jambes, névrosée, hystérique, elle est persuadée qu’elle souffre du cœur. Avec cette crainte permanente que son fils décède suite à une hémorragie, mais aussi que Nicolas soit la victime d’un attentat, la santé d’Alexandra se dégrade à vue d’œil.

Famille Romanov 2

Alexandra est mal aimée du peuple, du gouvernement et de la Cour. Elle le sait. Devenue mystique, voire exaltée, à cause de la santé de son fils dont elle se sent seule responsable, elle va entrer dans une phase de rigueur morale poussée à l’extrême. Elle entraîne son époux à punir les membres de la famille – parfois éloignée ! – qui divorcent et se remarient. Des mariages d’amour, la plupart du temps, après des mariages de convenance. C’est le cas, en 1905, de l’union entre un cousin du Tsar, le Grand-Duc Cyrille, et l’ex-belle-sœur d’Alexandra, Victoria-Mélita. Ce n’est certes pas le premier mariage contracté par une ou deux personnes divorcées dans la famille impériale, ce ne sera pas le dernier et Nicolas pourrait même tolérer ces unions. Mais Alexandra en est outrée, ses principes moraux et religieux ne coïncident pas avec ces mariages issus de divorces et souvent contractés sans l’accord du souverain. Pour ce couple impérial qui a affronté tous ceux qui étaient contre leur union d’amour sincère, c’est un peu fort. La Tsarine est, en outre, profondément choquée et irritée par l’adultère et le divorce. Une femme adultère ou divorcée qui se présente devant elle est généralement mal reçue. Par cette politique familiale et matrimoniale rigoureuse, le couple impérial se met à dos une grosse partie de la famille, alors qu’ils ont tant besoin de soutien. Mais Nicolas, époux et père avant d’être Tsar, ne veut pas tenir tête à sa femme, qu’il sait fragile, et cède à ses demandes. Il reviendra dessus plus tard, dans quelques années, quand il aura compris son erreur.

1905 est une année noire. Le pays s’enlise dans la guerre face au Japon et le Dimanche Rouge de janvier entache définitivement le trône. Alexandra est désespérée. Elle a été élevée dans le principe d’une monarchie forte, où le souverain à tout pouvoir, à l’image de Victoria. Nicolas II est un autocrate et suit en cela les pas d’Alexandre III : il n’a apporté aucune réforme pour assouplir le régime. Sur ce point (comme sur tous les autres, d’ailleurs), les souverains se comprennent. Le Tsar refuse de céder un pouce de son autorité et Alexandra est plus autocrate encore que son mari. Si en 1905 son influence est encore légère, elle se durcira avec les années et Nicolas l’écoute. Il n’empêche que dès leurs fiançailles, elle le pousse à se montrer ferme et à faire savoir que tout devait passer par lui. Là encore, elle lui conseille d’être sévère, répressif. Pour la Tsarine, la Russie manque « de vrais hommes », comme elle l’écrit à sa sœur la Princesse de Battenberg. Elle regrette que certains membres du gouvernement aient des vues trop libérales, incompatibles selon elle avec l’Empire. Elle rejette également toute idée de monarchie constitutionnelle. Le 17 février, le Grand-Duc Serge est assassiné. Alexandra soutient sa sœur Ella devenue veuve et publie un manifeste : « J’appelle tous les hommes de bonne volonté à combattre ‘les éléments révoltés’ qui osent, dans leur insolence, s’attaquer aux bases de l’Empire, consacrées par les lois et par l’Eglise, et voudraient instituer une nouvelle façon de gouverner le pays, incompatible avec la tradition russe ». Voilà qui résume sa pensée politique. Si elle répond ainsi à l’éducation qu’elle a reçue, tout un raisonnement explique sa façon de penser, comme l’explique Pierre Gilliard, le précepteur de son fils : « Elle était persuadée que pour le moujik l’empereur était la représentation symbolique de l’unité, de la grandeur et de la gloire de la Russie, le chef de l’Empire et l’oint du Seigneur. Toucher à ses prérogatives, c’était attenter à la foi du paysan russe, c’était risquer de précipiter le pays dans les pires catastrophes. Le tsar ne devait pas seulement régner : il devait gouverner l’Etat d’une main ferme et puissante ». Mais l’assassin n’est pas un moujik, c’est un révolutionnaire qui reflète cette société russe en pleine évolution, mais surtout en grand déséquilibre socio-économique. On n’attend plus l’image d’un souverain fort, on veut un souverain à l’écoute de son peuple. D’ailleurs, une paralysie quasi-totale bloque le pays : nombreux sont les ouvriers à s’être mis en grève. A cela s’ajoute la mutinerie de l’équipage du Potemkine, matée dans le sang. La Douma est officiellement créée par décret, ce que le couple impérial, contraint, voit d’un mauvais œil. En fin d’année, la guerre contre le Japon prend fin, mais c’est une défaite cuisante et une paix honteuse. 1905, c’est aussi la première rencontre, chez Anastasia et Militza de Montenegro, entre le couple impérial et un mystérieux sibérien nommé Raspoutine…

En février 1906, Sonia Orbeliani, paralysée, se sait atteinte d’une maladie incurable. Elle mourra neuf ans plus tard dans l’appartement que la Tsarine lui attribue à Tsarskoïe Selo. Ne pouvant plus officier auprès de la souveraine, elle présente à Alexandra, pour la remplacer, la jeune Anna Taneïeva, fille de l’intendant de la Chancellerie. La Tsarine ne peut se passer de cette jeune femme qui sait tout d’elle, de ses peines, de ses inquiétudes et de ses souffrances. Elle a l’idée de bien marier sa protégée et de loger le nouveau couple dans une maison située dans le parc de Tsarskoïe Selo. Lors d’une rencontre avec Raspoutine en 1906, Alexandra l’interroge au sujet de l’avenir du mariage d’Anna. L’homme répond qu’il ne prévoit rien de bon pour cette union mais qu’importe, Anna épouse Alexandre Vyroubov. Le mariage s’avère un désastre total, l’homme étant alcoolique. Au bout d’un an et demi, le divorce est prononcé, mais Anna restera Mme Vyroubova. Elle continue d’ailleurs de résider dans la maison allouée par Alexandra. Malgré les racontars, Anna sera la plus grande et la plus dévouée des amies d’Alexandra. Gentille et sincère, elle n’en est pas moins sotte, naïve, très fleur bleue et avide de potins. Elle appelle le Tsar et la Tsarine « Papa » et « Maman ». Malgré quelques orages dans leur relation, Anna sera acquise jusqu’à la fin à son impériale amie. Elles partageront en outre la même fascination pour Raspoutine, chose qui sera source d’un bon nombre de rumeurs.

Anna Vyroubova
Anna Vyroubova

Le 31 juillet, Alexandra et Nicolas II rencontrent Raspoutine chez leur cousine Tania. Le contact est encore meilleur que lors de leur première rencontre. Ils le revoient le 26 octobre à Tsarskoïe Selo. Le Sibérien fait forte impression en apportant à la Tsarine une icône de Saint-Siméon qu’elle conservera toujours avec elle. Le contact passe si bien que Raspoutine reste plus d’une heure à discuter avec le couple impérial au lieu des quelques minutes initialement prévues. Il s’entretient également avec les Grandes-Duchesses, âgées de cinq à onze ans, qui l’adoptent aussitôt. Alexis le surnommera plus tard « Oncle Novy ». Raspoutine, de son vrai nom Grigori Iefimovitch Novykh, est né entre 1865 et 1870 dans le village de Pokrovskoïe, en Sibérie. Il est le fils d’Iefim et Anna Novykh, « Raspoutine » étant un surnom. Adolescent, il perd son frère aîné, ce qui peut aisément expliquer son comportement par la suite. Voleur, il mène une vie dérangée avant de trouver la paix intérieure et de changer radicalement de vie à vingt-cinq ans. Il devient alors un guérisseur, un hypnotiseur et une sorte de guide spirituel, ce qu’on appelle un Starets. Sa connaissance des plantes est importante et il les préfère de loin aux médicaments. On le dit aussi séducteur débauché, coureur de jupon et amateur de soirées crapuleuses… ce qui ne gênera pas la prude et intransigeante Tsarine ! Mieux, elle défendra son protégé, arguant, comme lui, qu’il est homme et que le désir sexuel est partie intégrante de l’homme, tel que Dieu l’a conçu ! Pour elle, tel Jésus en son temps, le Starets est persécuté par des ennemis jaloux… Raspoutine est grand, avec des yeux bleus perçants, les cheveux et la barbe hirsutes, les ongles noirs et longs, l’allure débraillée. Mais il dégage une aura impressionnante et son regard est difficile à soutenir. Cet homme mystérieux a vu en Alexandra une grande et profonde piété, de l’inquiétude et une sorte de souffrance. Son regard bleu perce les âmes et il a parfaitement cerné la Tsarine. Ces failles, il va les exploiter, c’est la brèche dans laquelle il va se faufiler pour entrer dans l’intimité du couple. Sans doute bien renseigné, le Starets sait aussi que la souveraine avait jadis accueilli Monsieur Philippe. Il sera aisé pour lui de le remplacer !

 

Raspoutine
Grigori Iefimovitch Novykh, dit « Raspoutine »

La peur permanente qu’Alexandra ressent concernant la santé d’Alexis est un poids infini et infernal qui renforce son attitude réservée et son envie de se renfermer sur elle-même. Le Tsarévitch ne peut jouer comme n’importe quel enfant parce qu’on redoute qu’il se blesse, ce qui arrive souvent. Le petit garçon déborde de joie de vivre : rester calme, ne pas pouvoir jouer comme les autres enfants, voilà qui l’exaspère ! Un simple voyage en carriole peut virer au drame si les aléas de la route font se cogner l’enfant dans la voiture. Chaque crise qu’il traverse est douloureuse, Alexis souffre le martyr. Ses traits se crispent, sa mère le veille et prie. Parfois, les crises sont tellement importantes qu’il supplie sa mère de l’aider et lui demande si, une fois mort, il ne souffrira plus. Si les hémorragies à la bouche et au nez sont fréquentes, certaines sont bien plus graves. Un jour de juillet 1907, alors qu’elle est à cours de moyens pour le soulager et que les médecins sont impuissants, Alexandra fait appeler Raspoutine par Ania. Il arrive, s’assied sur le rebord du lit et prie. La crise passe, l’enfant s’endort. Alexandra est stupéfaite, les médecins abasourdis. En octobre, le Starets récidive. Désormais, elle voit Raspoutine comme un « homme à qui Dieu parle ». Il sera celui qui permettra à son fils de vivre, elle a une confiance aveugle dans cet homme qu’elle croit envoyé par Dieu pour sauver Alexis. C’est le début de l’influence qu’il exercera sur elle, pas toujours pour le bien de l’Empire loin s’en faut. Avec les années, cette influence n’aura de cesse d’augmenter et tout ce que touchera le Sibérien prendra une dimension sainte. Alexandra est loin d’imaginer le palmarès du personnage. Qu’il soit un mystique est avéré (il prédit la mort du Premier Ministre Stolypine ainsi qu’une crise d’Alexis en 1912. Dans les deux cas, il aura raison). Mais, outre ses dons indéniables, l’arrêt de l’aspirine, sur son conseil, est pour beaucoup dans l’apaisement d’Alexis. Nouveau médicament à l’époque, on ignorait ses effets anticoagulants, ce qui ne peut qu’augmenter les hémorragies liées à l’hémophilie.

Les Romanov n’aiment pas Raspoutine et ce désamour se changera en haine avec le temps, au fur et à mesure que l’importance du Sibérien augmentera tandis que le crédit du couple impérial diminuera dans l’opinion publique. D’une manière générale, le peuple, la Cour et les Romanov sont choqués de la place qu’il occupe auprès de Leurs Majestés. Des rumeurs ne tardent pas à se répandre : Alexandra et Raspoutine sont amants ; elle entretient également des relations charnelles avec Anna Vyroubova ; pire, ces trois-là font ménage ensemble pour des soirées crapuleuses ! Nicolas II ? Tellement soumis à son épouse, il accepte de s’humilier devant elle et Raspoutine… C’est ignoble et faux, mais il n’y a pas de fumée sans feu. Une lettre qu’Alexandra a écrite au Starets a fuité. Dedans, elle lui écrit que sa seule présence l’apaise, qu’elle souffre sans lui et qu’elle espère s’endormir éternellement dans ses bras. Certes, l’attitude de Raspoutine et la confiance qu’Alexandra lui accorde nuisent au trône. Mais dans ce pays où elle est surnommée « l’Allemande » depuis des années, personne n’a songé à la comprendre. Alexandra est éperdument amoureuse de son époux. Aucun sentiment amoureux dédié à Raspoutine n’émane de sa personne, il est ce père spirituel qu’elle n’a jamais eu, a fortiori parce que son propre père se désintéressait d’elle. Le Sibérien est le sauveur de son fils, l’homme de Dieu qui lui permet de rester en vie. Les crises d’Alexis usent prématurément la santé physique et morale de la Tsarine, sa seule échappatoire est la prière et de reporter ses espoirs sur ce Sibérien mystique.

Toutefois, la réputation du Starets laisse à désirer et ses débauches continuelles remontent jusqu’au Tsar. Après enquête, le souverain se sent berné. Bien qu’il défende le Sibérien face à Stolypine, il est sans doute piqué de s’être laissé avoir par cet homme. Mis au courant, Raspoutine met les voiles, direction la Sibérie. Indispensable aux yeux d’Alexandra, sa présence manque à la Tsarine qui en veut à ceux qui le persécutent. Elle est effondrée de ce départ : comment fera-t-elle si Alexis a une nouvelle grosse crise ? Face aux accusations contre sa personne, et après un bref retour à Saint-Pétersbourg, le Starets repart en Sibérie en 1909, accompagné, cette fois, de dames de la Cour, irréprochables et mandatées par Alexandra afin de prouver l’honnêteté et la droiture du personnage. Si l’une d’elles affirme avoir été violée, les autres, dont Anna, le défendent. La Tsarine choisit de n’écouter que les éloges. Elle est littéralement envoûtée par le Starets, qu’elle appelle, dans ses lettres, « mon maître » ou « mon sauveur ». Son exaltation et sa dévotion envers Raspoutine atteignent leur paroxysme. Même les Grandes-Duchesses, âgées de huit à quatorze ans, sont conquises par le Sibérien, à qui elles écrivent, elles aussi, des lettres enflammées. Ces écrits mettent mal à l’aise tant elles sont sous l’emprise du gourou de leur mère. Le 30 décembre, Raspoutine revient à Saint-Pétersbourg. Acclamé lors de son départ de Pokrovskoïe, il ne reçoit pas le même accueil à son arrivée. L’évêque Théophane, qui jusque-là le protégeait, cesse tout soutien lorsque, après avoir exposé la débauche du personnage à Alexandra, celle-ci le défend. Une campagne de presse prend le relai et tente d’avertir la population que cet être démoniaque a une emprise colossale sur le couple impérial. En voyant ces dénonciations, les langues se délient à la Cour. La nurse d’Alexis affirme avoir été violée, elle est renvoyée. Une demoiselle d’honneur de l’Impératrice dit, quant à elle, que Raspoutine va le soir dans la chambre des Grandes-Duchesses alors qu’elles sont en chemise de nuit. Cela peut aisément expliquer les lettres qu’elles ont écrites au Sibérien. Face au mutisme et à l’entêtement d’Alexandra, la demoiselle d’honneur s’adresse au Tsar, qui défend lui aussi Raspoutine. A son tour, la jeune femme est remerciée. On éloigne peu à peu ceux qui gênent et on défend aveuglément le Starets, sans même comprendre qu’il nuit gravement au trône. Face à ce tollé, Nicolas II, Alexandra et Stolypine conseillent à Raspoutine de retourner quelques temps en Sibérie. Il part alors pour un périple religieux et ne revient qu’en 1911, après la mort du Premier Ministre.

Alexandra est souvent maussade, un air triste peint sur son visage. Elle se dit cardiaque et parle de son « cœur élargi » qui a souvent des palpitations. Les médecins qui l’ont examinée concluent pourtant à un cœur sain, mais évoquent des nerfs fragiles. Ils sont remerciés et remplacés par le Dr Botkine, dont la fidélité le mènera jusqu’à Iekaterinbourg. Complaisant, le médecin écoutera et supportera la Tsarine sans jamais la contredire, bien qu’il partage l’avis de ses confrères et prédécesseurs. Les nerfs d’Alexandra sont à vif. Extrêmement pieuse, renfermée dans la religion jusqu’à l’excès, nostalgique, sans cesse inquiète, elle sombre petit à petit dans une dépression nerveuse qui ne la quittera jamais. Nicolas II, toujours amoureux de son épouse comme au premier jour, ne se plaint jamais. Il pousse la chaise de sa femme sans rien dire et supporte en silence son caractère et son humeur maussades. Amateur du grand air, sportif et aimant les balades au soleil, le Tsar y entraîne ses filles tandis que la Tsarine reste à l’ombre, dans le Palais de Tsarskoïe Selo. A leur retour, ils retrouvent Alexandra, toujours sombre. Ses filles l’adorent, mais l’état de leur mère semble souvent difficile à supporter, comme l’écrira Olga à Raspoutine. Son caractère ombrageux et intransigeant, sa santé ainsi que sa vie de famille repliée sur elle-même sont autant d’éléments négatifs pour les Grandes-Duchesses et leur frère. En dehors de quelques cousins, ils ne voient personne de leur âge et sont entièrement coupés du monde et de la réalité.

Famille Romanov

En 1912, la famille se rend en Pologne. Alexis se cogne durant une promenade et une importante crise se déclare. Alexandra veille son fils jours et nuit durant plus d’une semaine. Ses traits sont tirés, elle est épuisée. Nicolas II la remplace parfois pour qu’elle puisse dormir, mais lui-même manque de cette force de caractère propre aux mères. Les médecins sont tellement impuissants face à cette crise qu’ils annoncent clairement aux parents que leur fils unique est perdu. Selon eux, ce n’est qu’une question de jours : Alexis va mourir. La souveraine, dévastée, prend sur elle pour préparer son travail de deuil. Lors d’une cérémonie officielle, debout à côté de Nicolas, elle lui murmure : « Il souffre tant, je sais qu’il va mourir ». Le dernier espoir, c’est Raspoutine. Mais celui-ci est absent, il est chez lui à Pokrovskoïe. Qu’à cela ne tienne, Ania lui télégraphie de venir en aide à Alexis. Peu après, il télégraphie en retour : « Dieu a vu tes larmes et entendu tes prières. Cesse de t’affliger, le petit ne mourra pas. Empêche les médecins de le tourmenter ». Alexandra est allégée d’un poids considérable. Bien que l’état d’Alexis ne s’améliore pas immédiatement (il sera rétabli sous trois jours), elle est convaincue que son fils ne mourra pas. Comment, dès lors, Alexandra pourrait douter du pouvoir de Raspoutine ? Il a réussi, par télégrammes interposés, à sauver son fils, quand les Dr Botkine et Derevenko l’annonçaient déjà mort !

Début 1913 ont lieu les cérémonies célébrant le tricentenaire de la dynastie Romanov. Alexandra, dont la santé est chancelante, appréhende les longues cérémonies à devoir rester debout, les fêtes à n’en plus finir. Surtout, elle sait qu’Alexis devra être montré à ce peuple qui ignore tout de sa maladie. A chaque sortie publique, la Tsarine tremble que son fils ait un accident. Porté par Nagorny ou Derevenko, des matelots dévoués au Tsarévitch, elle redoute un faux pas du porteur, un cahot sous la roue d’une voiture.  Face à ce prince porté à bras, le peuple s’interroge sur sa possibilité à régner un jour. Et comme il n’y a aucun autre héritier (le cadet de Nicolas II a été écarté de la succession), on sait que si le Tsar décède prématurément, Alexis sera guidé par sa mère en tant que régente. Personne n’en est heureux. A la fin des cérémonies, épuisée et à bout de nerf, c’est avec soulagement qu’Alexandra voit la fin des célébrations et part se reposer en famille à Livadia.

Les Romanov sont sur la Baltique, en croisière estivale, quand le 28 juin 1914 arrive la nouvelle de l’attentat de Sarajevo et de la mort de l’héritier de François-Joseph d’Autriche. Quelques heures plus tard, Alexandra apprend par télégramme que Raspoutine a lui aussi été victime d’un attentat. Rassurée sur son sort – il est blessé mais survivra – elle s’inquiète surtout d’une guerre prochaine, de par les alliances créées entre les Etats d’Europe. La Tsarine espère qu’il n’en sera rien et supplie Nicolas II de démobiliser ses quelques troupes prêtes à intervenir, afin d’éviter toute provocation. Il ne l’écoute pas, pour une fois pourtant, elle a vu juste. De retour à Petehorf, le couple impérial reçoit la délégation du Président Poincaré, accompagné de l’ambassadeur Maurice Paléologue. Alexandra prend sur elle tant son inquiétude est latente. Paléologue connaît déjà la Tsarine depuis des années et l’apprécie. Présent à un dîner, il écrira de la souveraine que ce soir-là, « elle lutt[ait] visiblement contre l’angoisse hystérique ». Lui et Poincaré se doutent que cette folle inquiétude biaise le jugement de la souveraine, mais aussi celle du Tsar, tous deux davantage préoccupés par Alexis que par la situation politique européenne. Le 1er août, Nicolas II annonce à sa famille que la guerre éclate. La Tsarine fond en larmes. Nicolas prononce un discours au balcon du Palais d’Hiver, le couple impérial est acclamé. Saint-Pétersbourg devient Petrograd, nom moins germanisant. Pour une fois bien inspiré, Raspoutine conseille au Tsar de renoncer au conflit. Alexandra le soutient en ce sens, mais Nicolas refuse. La souveraine a la guerre en horreur, elle appréhende tous ces morts et en veut à son cousin, le Kaiser Guillaume II, d’avoir été si fourbe. Dès l’instant où le « rouleau compresseur russe » se mobilise, la Tsarine multiplie les prières pour une victoire rapide de la Russie. Née allemande, Alexandra est rapidement soupçonnée d’agir contre son pays d’adoption. Elle souhaiterait la victoire de l’Allemagne et agirait en ce sens grâce à son espion, Raspoutine. Rien n’est plus faux. Bien que née à Darmstadt, Alexandra est russe par son mariage et par le cœur. Il s’agit du pays de son époux et que son fils est appelé un jour à diriger. Par son éducation, elle est très anglophile et parle assez peu l’allemand au quotidien. La seule chose qui la rattache à son pays de naissance, c’est son frère, le Grand-Duc de Hesse, enrôlé dans l’armée de Guillaume II.

Alexandra Olga Tatiana
De gauche à droite : Olga, Tatiana et Alexandra en infirmières

La souveraine a l’occasion de prouver son honnêteté et son patriotisme très rapidement. Les défaites s’enchaînant, les blessés regagnent Petrograd par trains entiers. Alexandra fait installer un hôpital dans la Galerie d’Armes du Palais Catherine. La Tsarine, ses deux aînées et Anna Vyroubova ont suivi une formation puis ont reçu un diplôme d’infirmière, ce dont la souveraine est très fière ! Les cadettes, elles, sont affiliées à l’hôpital d’un village voisin de Petrograd. Alexandra panse les plaies les plus répugnantes, assiste les médecins lors d’amputations, refait les pansements, nettoie les malades, soutient les mourants et prie avec eux s’ils le réclament en l’appelant « Tsarista » (Petite Tsarine), le tout sans jamais se plaindre, se fondant dans la masse d’infirmières. Chaque mort lui cause une peine sincère, elle l’évoque régulièrement dans les lettres qu’elle adresse à son époux sur le front. Cette souveraine si effacée et impopulaire veut montrer à ses soldats, à son peuple, qu’elle aussi contribue à l’effort de guerre, et ce le plus sincèrement possible, sans arrière-pensée. Durant le premier trimestre de la guerre, Alexandra « organise quatre-vingt-cinq hôpitaux et prépare vingt trains sanitaires, très bien équipés et peints de gigantesques croix rouges sur leurs toits[1] ». La souveraine est efficace et est fière de servir son pays, espérant prouver à tous qu’elle n’est réellement pas germanophile.

Infirmière
Les infirmières de l’hôpital créé par Alexandra. La Tsarine est la première à gauche du rang du haut. Au centre est Olga, à droite Tatiana. Les deux jeunes filles debout en arrière-plan sont Maria à gauche et Anastasia à droite.

En janvier 1915, Anna Vyroubova est dans un train qui déraille, elle en ressort grièvement blessée. Alexandra était alors quelque peu distante avec son amie. Très exclusive, Ania supportait difficilement que la Tsarine ne puisse plus la visiter comme d’habitude. Et pour cause, la souveraine est prise à l’hôpital ! Sitôt informée du drame, Alexandra se rend au chevet de la mourante. Raspoutine, lui aussi mis au courant, vient voir Ania et fait comme avec Alexis : il s’assied et prie. Annoncée comme presque morte, la jeune femme se remet. Bien que paralysée durant des mois et devant marcher quelques temps avec des béquilles, elle survit. Un nouveau miracle du Sibérien s’est produit, Alexandra est soulagée. Elle reprend Ania sous son aile et achève de se convaincre – si besoin était ! – que Raspoutine est bien le sauveur à la fois de son fils, mais aussi de la Russie ! C’est désormais certain que tant qu’il sera là, tout ira bien, l’armée remportera la guerre, l’Empire continuera d’avancer. Dès cet instant, Alexandra n’aura de cesse de bombarder son mari de conseils de celui qu’elle appelle « Notre Ami ».  Le 25 août, Nicolas II commet l’erreur de retirer à son oncle, le Grand-Duc Nicolas, le commandement de l’armée russe pour prendre sa place à la tête des troupes. Si l’ensemble de la famille impériale et des ministres a tenté de l’en dissuader, Alexandra, poussée par Raspoutine, l’y a fortement encouragé. La Tsarine devient régente de facto, sans être officiellement nommée par son mari, mais avec l’entier soutien de celui-ci. Personne ne s’y trompe : derrière une régence officieuse d’Alexandra, se dresse l’ombre du Sibérien trop heureux de tenir l’Empire sous sa coupe. Si le Starets espère ainsi avoir une influence politique (ce sera le cas), la souveraine le fait de façon désintéressée. Bien que la politique et l’art de gouverner lui plaisent, elle se charge de ce fardeau (en plus des hôpitaux qu’elle continue de visiter, de son activité d’infirmière et de la santé de son fils !) afin d’alléger le poids que Nicolas porte sur ses épaules. « Son seul désir était d’être utile à l’empereur dans sa lourde tâche et de l’aider de ses conseils », écrit Pierre Gilliard. C’est à cette période que l’influence de Raspoutine est la plus forte. Alexandra lui fait entièrement confiance et boit ses conseils comme du petit lait. Il ne se rend quasiment jamais à Tsarskoïe Selo, pour éviter les rumeurs. C’est donc Anna Vyroubova qui fait le lien entre lui et Alexandra. Chaque jour, elle consulte son mentor chez Ania sur tous les sujets, puis transmet ses conseils à Nicolas II.

La Tsarine écrit quotidiennement à son époux, parfois même plusieurs fois par jour. Il est parti au Quartier Général de Moguilev avec Alexis. Cette mère angoissée peine à laisser partir son fils si fragile, mais elle est consciente qu’il est entre de bonnes mains auprès de son père, entouré de ses médecins et de son précepteur, Pierre Gilliard. En outre, c’est une formation nécessaire pour l’héritier du trône. Dans ses lettres, Alexandra se montre dure envers Nicolas s’il n’écoute pas les conseils « avisés » du Starets, tous tournés vers le maintien d’un régime autocratique. Nicolas se sent bien à Moguilev, loin de son épouse et de Raspoutine, devenu trop envahissant. Les rapports des ministres à ce sujet s’entassent sur le bureau du Tsar et sont de plus en plus accablants. Il en connaît déjà la teneur mais se refuse à prêter foi à leur contenu, ou alors très peu. La souveraine ne se contente pas d’écrire, elle envoie également à son époux nombre de demandes ou d’objets tous plus farfelus les uns que les autres, tombant définitivement dans un mysticisme frôlant la folie. Ainsi, Nicolas reçoit à Moguilev une canne jadis employée et bénie par Raspoutine, Alexandra lui conseille de l’utiliser de temps en temps. Plus tard, elle lui expédie une petite bouteille de Madère. Il doit en boire un verre à la santé de « Notre Ami ». Avant un Conseil des Ministres, elle l’adjure par courrier de toucher une petite icône offerte et bénie par le Starets et qu’elle lui a fait parvenir. Une autre fois, c’est le peigne de Raspoutine qu’elle lui envoie afin qu’il se coiffe avec. Elle lui transmet également des fleurs et une pomme que le Sibérien a offertes. Cette liste est exhaustive. Pour l’heure, les demandes et conseils de Raspoutine restent principalement d’ordre religieux ou divers. La politique va s’immiscer petit à petit. On commence à faire ou défaire tel ou tel ministre. Fort de son pouvoir, Raspoutine conseille à Alexandra de nommer Stürmer comme Président du Conseil. Elle le fait et Nicolas II le choisit, bien qu’il ne soit pas dupe : « Les opinions que Notre Ami exprime sur les hommes sont quelquefois très étranges, comme tu le sais. Il faut donc les accueillir avec prudence surtout lorsqu’il s’agit de nominations à des postes élevés ». Mauvaise idée, l’homme a un patronyme allemand, ce que les Russes n’admettent absolument pas en ces temps de guerre. Dans l’opinion, cette hausse grandissante de l’influence du Sibérien sur la Tsarine, au point qu’il ne se cache même plus pour choisir les ministres, choque totalement. On l’associe aussitôt à « l’Allemande », surtout après la nomination de Stürmer, et tout le monde sait que le nouveau venu du Gouvernement est une créature de Raspoutine. Nicolas II a beau prononcer un discours à la Douma le 22 février 1916 dans l’espoir d’apaiser les tensions, cela ne change rien à la colère qui monte. Quelques mois plus tard, suivant les conseils d’Ella, le Tsar renvoie Stürmer. Visionnaire, juste dans son jugement et bien plus mûre que sa sœur, Elisabeth déplore l’influence que Raspoutine a sur Alexandra. Ella a tenté de mettre en garde sa cadette, sans succès. Elle sort de l’entretien en larmes : « Elle m’a jetée comme un chien ! », s’écrit-elle. La Tsarine est effondrée du renvoi de Stürmer. Loin de comprendre l’effet catastrophique de sa nomination à la Douma et dans l’opinion publique, elle voit l’événement comme le départ d’un homme honnête et fidèle au cher Raspoutine. Ella n’est pas la seule à tenter d’alerter Nicolas II. Maria Feodorovna, elle aussi, essaye de le convaincre d’éloigner définitivement Raspoutine d’Alexandra. Si la Tsarine ne peut se passer de son « maître », que lui, au moins, cesse de l’écouter ! Cette mise en garde déplaît fortement à la souveraine, mais force est de reconnaître que Maria voit très juste : « Ma bru n’aperçoit pas, la malheureuse, qu’elle est en train de se perdre et de perdre la dynastie. Elle croit de bonne foi en la sainteté d’un traineur d’aventures, et nous, impuissants, nous ne pouvons rien faire pour prévenir une catastrophe qui désormais paraît inévitable ». Face à son ultimatum « lui ou moi », Nicolas invite sa mère à quitter Petrograd pour Kiev. Nicolas Alexandrovitch écrit à son tour à son neveu, sans davantage de succès. Personne n’est dupe sur qui tient les rênes de l’Empire en l’absence de Nicolas II. Alexandra, ravie d’avoir enfin une influence politique, prétend être la nouvelle Catherine la Grande, comme le confirmera plus tard Maria Raspoutine, la fille du Starets. Alexandra se gave de véronal. Son mari aussi est drogué par Raspoutine (il l’avouera à Félix Youssoupov), mais elle, au moins, est consciente de ce qu’elle ingurgite. Ses proches, qui la voient au quotidien, constatent son état de fatigue et sa léthargie liés à la drogue. Plus que jamais, elle est à la merci de son « maître ».

Alexandra 2

Qui sait observer le couple impérial comprend que le Tsar est totalement soumis à sa femme. Est-ce une soumission réelle ou une volonté d’être tranquille ? Sans doute les deux. Concernant Raspoutine, il s’agit surtout d’une volonté de satisfaire son épouse. On est en pleine guerre, il sait sa femme fragile. Il a d’autres priorités que le Starets et accepte sa présence si celle-ci rassure Alexandra. Nicolas n’est pas aussi aveuglé que l’Impératrice, pourtant nous l’avons vu, ni lui, ni elle, ne prêtent foi aux rapports de police. La seule exception sera un exil forcé de Raspoutine en 1915 durant quelques mois, suite à un fait divers remonté aux oreilles de Nicolas. Ivre, entouré d’une charmante compagnie, Raspoutine a déclaré dans un restaurant  que « la Vieille » (Alexandra) « j’en fais ce que je veux ». Concernant la foule de conseils prodigués par Alexandra visant à rendre son mari plus ferme et sûr de lui, il s’agit bien d’une soumission réelle : « L’empereur lui était entièrement soumis. Il suffisait de les voir ensemble un quart d’heure pour dire que c’était elle l’autocrate et non lui. Il la regardait comme un petit garçon regarde sa gouvernante, cela sautait aux yeux. Quand ils sortaient ensemble et qu’elle s’asseyait dans la voiture, il n’avait de regards que pour elle. A mon avis, il en était tout simplement amoureux », décrira le Général Doubenski en 1917. Et le Comte Witte d’ajouter : « Elle eût été assez convenable pour un petit prince Allemand et elle fût restée inoffensive, même comme impératrice de Russie, si, par une conjoncture lamentable, l’empereur n’eût manqué totalement de volonté. On peut à peine imaginer l’étendue de l’influence qu’Alexandra exerça sur son mari… La destinée de millions d’individus se trouve aux mains de cette femme ». Le Tsar n’a pas été préparé à sa fonction, son père l’a longtemps infantilisé. Il subit sa couronne plus qu’il ne la domine. Aussi, le soutien indéfectible de cette femme forte, intelligente, déterminée et qui a le goût du pouvoir, lui apporte une force qu’il n’a pas. Quand elle le gronde dans ses lettres, il répond en signant « ton pauvre et faible petit mari ». Alexandra ne démord pas de son opinion : « Nous ne sommes par un régime constitutionnel et nous n’avons garde d’y être […]. N’oublie jamais que tu es et dois rester un empereur autocrate » ; « Tu es le maître et le seigneur de la Russie, un autocrate, souviens-t-en ! ». Les aléas de la Douma et la colère qui gronde renforcent Alexandra dans sa volonté de ne pas plier, incapable de voir que ce régime autocratique n’a plus d’avenir dans la Russie du XXe siècle. La monarchie constitutionnelle seule peut encore sauver le trône de son fils, mais elle la rejette. Raspoutine, dans l’ombre et fort d’un nouveau miracle auprès d’Alexis, l’incite à toujours plus de fermeté, à transmettre cette volonté de fer à Nicolas.

Le Sibérien est haï, à la Douma on réclame la fin de sa toute-puissance. On ne veut plus de ses créatures comme ministre ou Président du Conseil. C’est presque un appel à qui débarrassera la Russie de ce gênant personnage ! Or l’appel a été entendu. Félix Youssoupov est le neveu par alliance de Nicolas II. En effet, début 1914, il a épousé Irina, la fille de la Grande-Duchesse Xénia, petite-sœur du Tsar. Et Félix fait partie des principaux ennemis de Raspoutine, il rêve d’en débarrasser le pays. Son père a été renvoyé de son poste de Gouverneur général de Moscou après s’être plaint à Nicolas II des ministres nommés grâce à Raspoutine. Son épouse, elle, a été congédiée de la Cour par Alexandra après avoir dit tout ce qu’elle avait sur le cœur concernant le Starets. Tous deux exilés, ils laissent à Petrograd leur fils unique. Ayant vu ses parents partir, Félix n’en est que plus remonté contre le Sibérien. Aidé de son ami, le Grand-Duc Dimitri Pavlovitch, un cousin de Nicolas II, il s’allie au Capitaine Soukhotine, un ami ; à Pourichkévitch, membre de la Douma ; et au Dr Lazovert qui fournira le poison. Le 16 décembre 1916, Raspoutine se rend à l’invitation de Félix dans le Palais Youssoupov, situé sur la rive de la Moïka. Le poison du Dr Lazovert n’ayant aucun effet, Félix puis Pourichkévitch lui tirent des balles de revolver. Atteint au dos et à la tête, le Sibérien s’écroule dans la neige. Son corps est enroulé dans des rideaux puis jeté dans la petite Neva. Dans la journée du 17, Alexandra n’ayant pas de nouvelle du Starets, elle interroge Ania. Celle-ci, qui l’a vu la veille, explique à la souveraine que Raspoutine lui a raconté être invité chez Youssoupov. Le Ministre de l’Intérieur contacte la Tsarine : on dit que la nuit du 16 au 17, on a vu le Sibérien aller chez le Prince Youssoupov, ce qui confirme les dires d’Ania ; qu’on a entendu des coups de feu et vu une voiture quitter précipitamment les lieux, tous feux éteints. Il pense que Raspoutine a été assassiné chez Félix, qui a caché le corps. Alexandra est affolée, envahie par l’angoisse. Elle pressent qu’un drame est arrivé et envoie plusieurs télégrammes à Nicolas, tout en priant pour que le Sibérien soit retrouvé vivant. Félix a vent des rumeurs qui circulent contre lui et Dimitri. Tous deux essayent de joindre Alexandra, qui refuse de les recevoir ou de leur répondre. Alors, ils lui écrivent une lettre assurant qu’ils sont innocents, qu’ils ont seulement fait la fête et que, ivre, Dimitri a tué un chien. Seul Pourichkévitch vend la mèche en affirmant que le Starets est mort. Trois jours plus tard, on retrouve le corps de Raspoutine. L’eau dans ses poumons confirme qu’il était encore vivant lorsqu’on l’a jeté dans la Neva. Ce ne sont ni la balle de revolver ni le froid qui l’ont tué. A ce moment, la Tsarine prend enfin conscience qu’il est bien mort, qu’elle ne le reverra plus. Elle entre dans un profond mutisme pendant une semaine et refuse de manger. Finalement, elle prend sur elle et se convainc que Raspoutine veille sur les siens et la Russie depuis le Ciel. Le Starets est inhumé de nuit dans le parc de Tsarskoïe Selo. Pour éviter toute vindicte populaire contre sa tombe ou son corps, on prétend officiellement qu’il a été rapatrié à son village natal. Alexandra fait arrêter Dimitri et Félix, Pourichkévitch a juste le temps de retourner au front pour éviter de subir le même sort. Elle exige de Nicolas II qu’il les fasse juger et condamner. Mais le Tsar ne cède pas à cette requête, il exile Félix dans son domaine moscovite (fils unique, il est exempté de guerre) et expédie Dimitri sur le front perse. Les lettres et supplications de différents membres de la famille ne changeront rien à sa décision. Et le peuple ? Il explose de joie en apprenant la mort de Raspoutine. Et que ce soit de la main de membres de la famille Romanov fait encore plus sensation. Les conjurés sont ovationnés ! La Tsarine est dévastée. Elle se souvient des prophéties du Starets. « Si je suis tué par des hommes du peuple, par mes frères, toi, tsar Nicolas, tu vivras. Tu resteras sur le trône et tes enfants vivront. Si je suis tué par des seigneurs, des aristocrates, mon sang coulera sur toute la Russie. Toi et tes enfants ne vivrez pas plus de deux ans, la Russie basculera et sera vaincue » ; « Si je meurs ou si vous m’abandonnez, vous perdrez votre fils et le trône dans les six mois » ; « le Tsarévitch vivra autant que je suis en vie ». La Tsarine redoute désormais la chute de l’Empire, mais surtout la mort de son fils. Le décès de son « maître » rend Alexandra folle, au point qu’on encourage le souverain à la mettre dans un couvent. L’ambassadeur Paléologue, qui l’a vue à cette période, dira que « la Tsarine n’est pas assez normale pour concevoir un système politique ». C’est dire dans quel état elle est !

1917 naît avec des records de températures négatives. L’assassinat de Raspoutine est arrivé trop tard. L’effet salvateur espéré par les assassins échoue et cette mort va même aider à précipiter la Russie dans le chaos, malgré les acclamations ayant applaudi le geste. La guerre laisse le pays exsangue. Le climat est à la révolte. La foule célèbre le triste anniversaire du Dimanche Rouge de 1905. Il y a des grèves en masse, l’économie est paralysée. Les foules brandissent des pancartes hostiles à Nicolas II et on surnomme le souverain « Nicolas la guerre perdue ». Alexandra est coupée des réalités et ignore à quel point la Russie sombre. Sa seule inquiétude, c’est la santé de ses enfants, tous cloués au lit par la rougeole sauf Maria, et celle d’Anna, malade et menacée depuis la mort du Sibérien. A cette angoisse se rajoute le départ du Tsar pour Moguilev le 22 février. Alexandra supplie son époux de rester, sans succès. Pour une fois, elle fait preuve de clairvoyance. La famille impériale encourage le Tsar à éloigner sa femme de la gestion de l’Empire, mais il refuse. Elle pense pouvoir sauver la Russie et maîtriser la situation, mais du 23 au 27 février, des émeutes puis une insurrection vont aboutir à la Révolution de Février qui fait chuter le trône. Début mars, Alexandra tourne en rond à Tsarskoïe Selo. La Tsarine tente de joindre Nicolas par télégramme, sans succès, les communications étant coupées. Elle redoute à juste titre que l’on profite de son absence pour faire signer des documents à son mari : paix séparée, constitution, etc. Et en effet, le 3 mars Nicolas abdique pour lui et son fils en faveur de son cadet, le Grand-Duc Michel. En apprenant la nouvelle, tard le 4 au soir, Alexandra fond en larmes. Elle refuse de croire à cette nouvelle, tandis que la foule hurle de joie. Quand elle apprend que l’armée, qu’elle croyait fidèle à son mari, l’a abandonné et poussé à abdiquer, la Tsarine devient folle. Le 7, la famille est en état d’arrestation et consignée au Palais Alexandre de Tsarskoïe Selo. Si Nicolas se sent soulagé d’avoir perdu le poids du sceptre, Alexandra, elle, a du mal à supporter cette situation ainsi que les provocations de certains gardiens. Elle se raccroche plus que jamais à la religion et brûle ses papiers, lettres (sauf celles de son époux) et ses journaux intimes, ce qui lui prend un certain temps. Toujours préoccupée par la santé de sa progéniture qui sort d’une épidémie de rougeole, l’ex-Tsarine fait raser la tête de ses cinq enfants, qui obéissent sans broncher (rappelons que les filles ont entre seize et vingt-deux ans…). Dès lors et jusqu’à la fin, les Grandes-Duchesses porteront des perruques. Les contacts avec l’extérieur sont coupés, les appels surveillés, le courrier épluché, les conversations se font exclusivement en russe. Quand Nicolas revient enfin à Tsarskoïe Selo, Alexandra est soulagée : tous ensemble, rien ne peut leur arriver. Une grosse partie des domestiques s’en va. Certains tête baissée, d’autre en insultant celle qui, jadis, les avait tant aidés. Ania est arrêtée sur ordre de Kerenski malgré les protestations de la souveraine déchue. Elles ne se reverront jamais. Derevenko, ce matelot qui a tant porté et choyé Alexis, se rebelle. Il donne des ordres au Tsarévitch, l’humilie, se moque de lui. L’enfant ne comprend pas ce revirement alors que Nagorny lui reste irrémédiablement fidèle. Le parc a été limité par des barrières. Ceux qui ne sont désormais plus que les citoyens Romanov ne peuvent pas aller au-delà. Nicolas, Alexandra, le Dr Botkine, Mme Schneider, Gibbs et Gilliard s’organisent pour donner des cours aux enfants. L’ex-Tsar crée un potager avec ses filles et son fils dans une partie du jardin à laquelle ils ont encore accès.

Kerenski, l’homme fort du gouvernement provisoire, estime plus sûr d’expédier la famille impériale en Sibérie, loin des troubles de Petrograd. Pour les Romanov qui espéraient un exil à Livadia, la déception est grande. Le train part le 14 août. Trois jours plus tard, les voyageurs arrivent à Tioumen, d’où ils embarquent à bord du Rouss, direction Tobolsk. En passant devant Pokrovskoïe, village natal de Raspoutine, Alexandra se recueille et prie. L’ensemble du convoi est maintenu à bord durant une semaine, le temps que la maison du gouverneur soit prête à les accueillir. La vie à Tobolsk est monotone. Le petit-déjeuner a lieu en famille, ensuite c’est l’heure des leçons. Alexandra part se reposer dans sa chambre tandis que les enfants et Nicolas se promènent dans la minuscule cour aménagée avec de hautes palissades. Déjeuner, cours, thé en famille, puis dîner. Enfin, chacun s’occupe à sa façon : broderie, couture, lecture, jeux de cartes. Parfois, les prisonniers mettent en scène des petites pièces de théâtre. La santé d’Alexandra se délabre de plus en plus. Elle passe le plus clair de ses journées à se reposer, à écrire, parfois à peindre. Elle joue aussi du piano à de rares occasions. Elle reçoit quelques lettres d’amis ou de la famille, mais elle est volontairement maintenue dans un flou total concernant la situation politique de la Russie. La Tsarine lit également beaucoup, notamment la Bible. La religion est son seul soutien. Elle coud des vêtements pour sa famille (l’hiver est rude) et rapièce ceux qui sont usagés. Les Grandes-Duchesses et Nicolas font bonne figure vis-à-vis des gardes, mais Alexandra a du mal à supporter les vexations et les insultes de leurs gardiens, qu’elle méprise. Elle se mure dans cet air hautain qui ne l’a jamais quittée et se sent trop au-dessus des soldats pour leur accorder la moindre attention. Un jour, le Dr Botkine dira à Gilliard en parlant de la Tsarine : « En tant que médecin, je ne puis, désormais, considérer Sa Majesté comme totalement normale ».

La Révolution d’Octobre a chassé Kerenski du pouvoir au profit de Lénine. En mars, la paix séparée de Brest-Litovsk est signée. Alexandra et Nicolas, patriotes jusqu’au fond de l’âme, sont outrés. En avril, la famille doit être transférée à Iekaterinbourg mais Alexis est secoué par une grosse crise. Alexandra et Maria suivront Nicolas, tandis que le Tsarévitch restera encore à Tobolsk avec Olga, Tatiana et Anastasia le temps d’aller mieux. C’est la mort dans l’âme que la Tsarine laisse son enfant malade, même s’il est entre de bonnes mains auprès de ses sœurs. Le 26 avril, les trois prisonniers quittent Tobolsk pour Iekaterinbourg où ils arrivent le 29. Les conditions de détention n’ont jamais été si dures. La seule salle d’eau disponible est souvent marquée de graffitis graveleux de la part des gardiens, qui font des blagues douteuses devant des Grandes-Duchesses imperturbables. Alexandra ronge son frein mais elle accepte tout sans faillir. Elle recouvre les murs de sa chambre avec des icônes. Elle n’est plus une souveraine déchue, elle est simplement une mère angoissée. Terrorisée à l’idée de ne jamais revoir ses enfants, elle est soulagée de les retrouver le 23 mai. Mais la peur reste. La Tsarine ne parvient à avaler que des macaronis. Dans son journal intime, offert par Tatiana pour le Noël 1917 et orné d’un svastika (une croix gammée aux branches coudées à gauche, à ne pas confondre avec celles coudées à droite, symbole du nazisme), Alexandra écrit : « l’Ange approche ». Contrairement à son mari et ses enfants qui espèrent encore, elle est persuadée qu’ils ne survivront pas à la maison Ipatiev : la mort n’est pas loin.

Face à l’approche de l’armée Blanche, décision est prise d’exécuter la famille impériale et les quelques fidèles encore avec eux. Dans la nuit du 16 au 17 juillet, le nouveau gouverneur des prisonniers, Iourovski, réveille toute la famille sous prétexte qu’une insurrection menace en ville. Les prisonniers se rendent dans une pièce du rez-de-chaussée où ils doivent attendre avant de partir pour une nouvelle prison, du moins le croient-ils. Alexandra s’assied sur une des trois chaises que des soldats ont apportées, sur demande de Nicolas. Iourovski paraît devant la famille et ses serviteurs, puis annonce froidement qu’ils vont tous être exécutés. L’ancienne souveraine voit son mari tomber puis succombe à son tour d’une balle en plein cœur. Elle avait quarante-six ans. Ses filles, son fils et les domestiques vont suivre dans les minutes qui viennent. Les corps sont emmenés au puits de mine des Quatre-Frère, dans la forêt de Koptiaki. Dénudés, ils sont jetés dedans puis explosés à la grenade. Le lendemain, pour davantage de sécurité, on remonte les cadavres, on les découpe, on les brûle puis on les arrose d’acide. Les cendres sont récupérées et jetées dans le Ravin des Porcelets. Exhumés en 1991, ils sont rapatriés à Saint-Pétersbourg et inhumés en grande pompe.

[1] Nicolas II et Alexandra de Russie, une tragédie impériale, Des Cars J., Perrin, 2016

Fiche livre : Camille et Lucile Desmoulins, un couple dans la tourmente

Bonjour à tous 🙂 Aujourd’hui je vous propose une nouvelle fiche livre.

Camille et Lucile Desmoulins, un couple dans la tourmente

Titre : Camille et Lucile Desmoulins, un couple dans la tourmente

Auteur : Jean-Paul Bertaud

Edition : Presses de la Renaissance

Résumé : En 1789, alors que monte la rumeur révolutionnaire, il a vingt-neuf ans, elle en a dix-huit. Avocat, il rêve de jouer un grand rôle dans la France nouvelle qui s’ébauche. Romantique avant la lettre, courtisée par tous les beaux esprits du temps, elle rêve d’amour absolu.

1790 : ils s’unissent, pour le meilleur et pour le pire et, aux côtés de leurs amis, Robespierre, Danton, Saint-Just, se jettent à corps perdu dans la Révolution.

Camille rédige article sur article pour dénoncer la monarchie, le complot aristocratique, le traître Capet et Marie-Antoinette « l’Autrichienne ». Il exalte la Révolution pure et dure, mais aussi la Révolution émancipatrice qu’il faut propager dans toute l’Europe. Près de Camille veille Lucile, amoureuse passionnée et intrépide égérie de la République.

Poussé dans la tourmente, le couple demeure étroitement réuni jusqu’à ce 31 mars 1794 où ses amis d’hier fond arrêter Camille. Sa dernière joie : recevoir dans sa prison, en cachette des gardiens, un portrait de sa femme bien-aimée. Le couperet de la guillotine s’abat sur cet homme qui n’a cessé de clamer son innocence et ses bonnes intentions jusqu’à la fin. Lucile montera elle aussi sur l’échafaud, quelques semaines plus tard.

Fondant son analyse sur des documents souvent inédits, parmi lesquels figure le carnet intime de Lucile, l’auteur de cette remarquable biographie met en lumière l’évolution des idées d’un jeune républicain trop impulsif. Avec talent, il fait revivre pour nous l’une des périodes les plus troublées de notre histoire.

Mon avis : Une très bonne biographie sur le couple Desmoulins. Il en existe peu sur Camille, pas de récente en tout cas, aucune – à ma connaissance – sur Lucile, donc c’est tout de même plaisant et intéressant d’avoir, dans un seul livre, des informations, souvent très poussées, sur eux deux. En outre, beaucoup de lettres et de passages du journal intime de Lucile y sont cités, ce qui apporte des éléments concrets et indiscutables. Points négatifs : le style est parfois lourd au point qu’il m’est arrivé plusieurs fois de décrocher et on sent aussi de temps en temps l’avis de l’auteur, il influence son récit avec ses propres affinités pour les personnages qu’il évoque et ses idées politiques transparaissent un peu. Malgré tout je le conseille, bien qu’il soit assez difficile à trouver Wink

Marie-Antoinette et Louis XVI, Alexandra Feodorovna et Nicolas II, des destins similaires ?

Nous connaissons tous le destin tragique de Louis XVI et de sa famille. Assis sur un trône millénaire, il est renversé par la Révolution de 1789. Emprisonné, il est guillotiné comme sa femme et sa sœur. Son fils n’a pas davantage de chance, puisqu’il meurt à dix ans dans sa prison du Temple, rongé par la tuberculose. Seule sa fille, Madame Royale, survit à la Révolution. Elle rejoindra ses oncles, épousera son cousin, sera Dauphine de France et, de façon éphémère, Reine lorsque son beau-père Charles X abdiquera.

Nous connaissons aussi la tout aussi tragique destinée des derniers Romanov. Renversé en 1917 par les Bolcheviks, Nicolas II descend d’un trône dont il ne voulait pas. Leur déchéance les mènera au fin fond de la Sibérie, à Tobolsk, puis à Iekaterinbourg où toute la famille sera massacrée. Les corps, découpés en morceaux, seront jetés dans un puits de mine et bombardés à la grenade après avoir été brûlés. Aucun Romanov n’est ressorti vivant de cette tuerie.

Que dire de plus après cela ? Pas grand-chose, ainsi va l’Histoire. Les règnes se font et se défont. Pourtant, une chose saute aux yeux : ces destins, de prime à bord si différents, éloignés l’un de l’autre de plus d’un siècle, sont pourtant très proches. Et si Louis XVI et Marie-Antoinette d’un côté, Nicolas II et Alexandra de l’autre, avaient-eu des destins similaires ? Les parcours de Louis XVI et de Nicolas II ne sont pas si éloignés que cela. Au contraire, ils se ressemblent beaucoup. Marie-Antoinette et Alexandra, dont les premières années sont très différentes, finissent par se rassembler sur le chemin de la vie au travers d’événements très proches. Toutefois, n’allons pas trop loin non plus. Si leurs destins semblent s’être répétés, comme un hasard de l’Histoire, ils ne sont pas non plus totalement semblables : pour plus d’une trentaine de points communs, on peut compter plus de vingt différences entre ces deux familles.

Louis-Ferdinand de France et son épouse, Marie-Josèphe de Saxe, forment un couple uni. Si leurs débuts ont été houleux (le jeune veuf peinait à se remettre de la mort de sa première épouse), la patience de la douce Pépa a su l’adoucir et venir à bout de ses appréhensions. Ce couple delphinal sera d’ailleurs l’un des rares, au sein des Bourbon, à avoir été si soudé. C’est dans cette ambiance familiale quasi-bourgeoise que naît le petit Duc de Berry en 1754. Mais le futur Louis XVI n’est pas le fils aîné de ses parents. Le Dauphin et la Dauphine ont déjà eu le Duc de Bourgogne. Un enfant magnifique, vif d’esprit et très prometteur. Est né ensuite un petit Duc d’Aquitaine mort en 1754. Louis-Auguste n’est donc que le deuxième dans l’ordre de succession, dans l’ombre de cet aîné tant chéri par leurs parents. Malheureusement, le petit Bourgogne se blesse en jouant et la tuberculose osseuse, qui attendait son heure, se déclare. Cet enfant si doux va parfois entrer dans de violentes colères dont son frère fera les frais. Louis-Auguste a en effet été désigné comme garde-malade pour son aîné ! Tous se focalisent sur l’héritier sans voir un instant le mal-être et la maladie qui gagnent le futur Louis XVI. Mais il s’en remet, contrairement à son frère qui achève sa courte carrière en 1761. On peut alors penser que ses parents vont reporter sur lui l’amour débordant qu’ils portaient au défunt, mais non. L’admiration et l’attention passent au cadet de Louis-Auguste, Louis-Stanislas-Xavier, Comte de Provence. Pire, le Dauphin et la Dauphine regrettent que ce ne soit pas lui qui devienne leur héritier ! Comment mieux comprendre ce cruel manque d’estime de soi et de confiance qu’aura Louis XVI devenu adulte ?

Alexandre Alexandrovitch est le second dans l’ordre de succession. Son aîné, Nicolas, doit régner sur la Russie après leur père, Alexandre II. Le Tsarévitch est fiancé à la Princesse Dagmar de Danemark. Mais la maladie l’emporte prématurément en 1865. Sur son lit de mort, il demande à ce que son frère épouse sa fiancée. Or Alexandre ne l’entend pas de cette oreille : il est déjà amoureux et compte renoncer au trône pour sa belle. Mais le Tsar n’a que faire des affaires de cœur de son héritier. Il sermonne son fils et l’expédie au Danemark pour qu’il demande la main de Dagmar. Le mariage est célébré en 1866. Lui qui refusait d’épouser cette Princesse danoise ne regrettera finalement pas son choix (imposé), puisque leur couple est très uni. Jamais il ne trompera sa femme, ce qui détonnera dans la dynastie Romanov. Leur union est d’ailleurs couronnée par la naissance de six enfants. L’aîné, Nicolas, sera le prochain Tsar, mais ses parents lui préfèrent son plus jeune frère, Michel. Dagmar, devenue Maria Feodorovna, le surnomme « Micha chéri » et l’estime plus à même de régner que son aîné. D’ailleurs, quand Nicolas II et son épouse Alexandra peineront à avoir un fils, Maria ne désespérera pas que Michel puisse succéder à son frère.

Le Dauphin Louis-Ferdinand meurt de la tuberculose en 1765, veillé par son épouse, qui le suit dans la tombe deux ans plus tard. A treize ans, le futur Louis XVI est orphelin. Surtout, il est le nouveau Dauphin depuis la mort de son père. Louis XV aime son petit-fils et héritier. Mais il aime aussi sa maîtresse, Mme du Barry. Il se consacre davantage à elle, à sa vie privée et aux affaires de l’Etat qu’à former le jeune Dauphin. Persuadé de n’être pas à sa place, Louis-Auguste a l’impression que c’est lui qui aurait dû mourir enfant, et non son frère. Son cadet, Provence, lui répète sans cesse qu’il serait un meilleur Roi que lui. Quand Louis XV décède, Louis XVI s’agenouille : « Seigneur, protégez-nous, nous régnons trop jeunes ». Trop jeunes ? Sans doute pas. Ses trois prédécesseurs sont devenus Rois entre cinq (Louis XIV, Louis XV) et dix ans (Louis XIII). Même s’ils n’ont pas régné seuls, ils ont endossé leur rôle pleinement dès l’âge de treize ans, âge de la majorité royale. Trop peu préparés, en revanche, voilà qui est certain. En tant que Dauphin, le futur monarque a sa place au Conseil des Ministres. Pourtant, Louis XV ne l’y convie jamais. Ça aurait pourtant largement contribué à le former, mais aussi à lui faire admettre que c’était bien sa place, qu’il ne l’avait nullement volée à son frère décédé. La seule éclaircie dans l’adolescence de Louis-Auguste, c’est sa plus jeune sœur, Elisabeth. Si elle n’est qu’une toute petite fille quand leurs parents meurent, en grandissant elle devient une jeune femme intelligente, vive d’esprit et douce. Elle est très attachée à son aîné et le montrera, bien plus tard, durant la Révolution. Quant au dernier frère, le Comte d’Artois, Louis-Auguste l’apprécie. Contrairement à Provence, il ne s’imagine pas mieux placé que son aîné pour régner. Mieux, il n’espère pas spécialement monter sur le trône. C’est un jeune homme qui croque la vie à pleines dents : il aime s’amuser, jouer gros jeu, danser et les femmes.

Nicolas grandit au sein de cette famille si unie. S’il n’est pas le préféré, lui adore ses parents, notamment sa mère avec qui il restera en contact étroit, pour le plus grand déplaisir de sa femme. Il est très proche de son frère Gueorgui, atteint de tuberculose depuis sa plus tendre enfance. Lorsqu’il fait son Grand Tour en Afrique et au Japon, il est accompagné de son cadet dont le trajet est écourté par la maladie. En revanche, ses relations avec Michel sont tendues. Fils chéri de leur mère, de dix ans plus jeune que Nicolas, ils ne partagent pas grand-chose. Plus tard, Michel n’hésitera pas, contre les ordres de son frère, à épouser une femme divorcée et roturière alors qu’il était à une marche du trône, le Tsarévitch étant aux portes de la mort. Alexandre III est un Hercule. Grand, fort, il en impose à ses enfants, qui le craignent. Nicolas aime et admire ce père au règne irréprochable : aucune maîtresse, point de guerre déclarée ou perdue. Les anarchistes qui avaient eu raison de son grand-père, Alexandre II, en 1881, se tiennent droits. Nicolas a de quoi admirer son impérial géniteur. Mais le Tsar, lui, voit son aîné comme un enfant. Il va le conforter dans une attitude enfantine durant des années. On ne le voit que tardivement au Conseil des Ministres. Et pour cause, quand ceux-ci s’aventurent à dire à Alexandre III qu’il serait judicieux de faire venir son fils plus souvent, il leur répond que ce n’est encore qu’un enfant ! Enfant qui a présentement la vingtaine, qui partage son temps entre sa maîtresse, la danseuse Mathilde Kschessinskaïa, et ses camarades. Les études semblent l’ennuyer, rien ne l’intéresse en dehors de l’histoire et de la chose militaire. On finit par l’intégrer de temps en temps au Conseil des Ministres. Mais Nicolas n’y brille pas particulièrement, son père le reléguant toujours à une place d’enfant et non d’adulte. Tout juste accepte-t-il de lui confier de superviser le projet du Transsibérien, ce que le Tsarévitch fera d’ailleurs avec application. Lorsqu’Alexandre III décède en 1894, Nicolas se confie à son cousin et beau-frère Sandro : il n’est pas prêt à régner, il ne l’a jamais voulu, il ignore tout de la façon de gouverner.

Marie-Antoinette naît en 1755 à Vienne. Ses parents forment un couple amoureux et uni, malgré quelques incartades de François-Etienne de Lorraine. Quand il décède en 1765 (la même année que le père de Louis XVI !), Marie-Thérèse est inconsolable. Elle ne s’habille plus qu’en noir et ne se remariera jamais. Peu maternelle au sens où nous l’entendons aujourd’hui, elle se préoccupe néanmoins de l’avenir de la vaste progéniture. Tous des pions sur l’échiquier politique de leur mère, surtout les filles, ils seront placés et mariés selon les alliances contractées avec l’Autriche. C’est ainsi que Marie-Thérèse s’allie à Louis XV, par l’intermédiaire du Duc de Choiseul, et qu’elle donne sa fille Marie-Antoinette au futur Louis XVI. Archiduchesse d’Autriche, l’adolescente n’a rien à dire. Elle subit ce mariage et redoute d’être envoyée dans un pays étranger où elle ne connaît personne. Dans un élan maternel, Marie-Thérèse se rapproche de sa fille dans les derniers temps qu’elle passe en Autriche, afin de la former à son rôle de Dauphine, puis de Reine. Marie-Antoinette ne connaît rien de son futur époux, en dehors de ce que son précepteur, l’Abbé Vermond, lui a appris. Elle ne l’a jamais vu non plus à part sur les portraits qu’on lui a montrés. C’est donc un plongeon dans l’inconnu que fait la petite Archiduchesse en 1770, lorsqu’elle quitte son pays natal, sa mère, ses sœurs et ses frères. En France, on attend cette nouvelle Dauphine de pied ferme, cette alliance franco-autrichienne est prometteuse. Mais l’Autriche est toujours, pour beaucoup, l’ennemie d’hier. Aussi, on voit d’un mauvais œil cette Archiduchesse venir en France pour en devenir, un jour, la souveraine. Le Dauphin lui-même est prévenu contre sa future. Ses parents n’aimaient pas l’Autriche et tout ce qui s’y rapportait. S’ils avaient vécu, ils auraient catégoriquement refusé cette alliance. Suivant les goûts de ses parents, Louis-Auguste appréhende cette union avec une « ennemie ».

Alix de Hesse naît en 1872 à Darmstadt. Sa mère, Alice du Royaume-Uni, est proche de sa mère, la Reine Victoria. Quand celle-ci devient veuve de son cher Albert, elle est inconsolable. Espérant qu’Alice resterait auprès d’elle pour l’aider à supporter son veuvage, elle déchante rapidement quand l’enfant chérie préfère convoler en justes noces. Devenue Grande-Duchesse de Hesse, Alice aime son mari, qui le lui rend bien. Ce couple heureux a sept enfants. Mais la maladie emporte la jeune maman quand Alix n’a que six ans. Elle ne se remettra jamais de cette perte tragique. Son père supporte très bien son veuvage malgré l’amour qu’il portait à sa femme, et finit par se remarier. Ses enfants ? Il n’en a pas grand-chose à faire. L’aînée joue le rôle de maman de substitution pour ses cadets avant de se marier. C’est principalement Victoria qui va éduquer sa petite-fille, qui deviendra sa préférée. Alix rencontre le Tsarévitch lors du mariage de sa sœur aînée Elisabeth, dite Ella, avec un oncle de Nicolas, le Grand-Duc Serge. Les deux adolescents se plaisent, mais il faut attendre encore quelques années pour qu’ils se déclarent. C’est en 1891 que Nicolas fait sa cour à la jeune femme. Luthérienne, elle hésite à se convertir à l’orthodoxie, même par amour. A force d’insistance, le Tsarévitch obtient gain de cause et les fiançailles sont officiellement célébrées. Ce couple est uni par un amour sans bornes, sincère et qui ne connaîtra jamais de nuage. Ils étaient assurément faits l’un pour l’autre. A Saint-Pétersbourg, par contre, on déchante. La Cour se rappelle des deux précédents Tsars ayant épousé une femme issue de la Maison de Hesse-Darmstadt. Paul Ier et Alexandre II ont été tous deux assassinés. Ce sera vrai aussi pour le Grand-Duc Serge, qui a épousé Ella et qui sera assassiné en 1905. Ces femmes de Hesse portent malheur ! Pour Alexandre III et Maria Feodorovna, c’est aussi la douche froide. Ils partagent l’avis global de la Cour et auraient préféré, à cette union germanique, un mariage avec Hélène d’Orléans, fille du Comte de Paris. Or Alexandre III est aux portes de la mort, son fils doit absolument se fiancer, il faut faire vite. Tant pis, ce sera donc Alix. Ils se disent ravis d’accueillir la jeune femme dans la famille, en réalité il n’en est rien. La Princesse a toutefois de la chance : elle connaît la Russie pour y être allée plusieurs fois. Nicolas l’aime et la soutient, elle a aussi l’appui de sa sœur Elisabeth, déjà présente. Reste la barrière de la langue à franchir, et celle de la religion. C’est chose faite lorsqu’elle se convertit à l’orthodoxie et devient Alexandra Feodorovna. A son arrivée, ce n’est pas la liesse à laquelle elle aurait pu prétendre. Elle assiste à la fin de son beau-père qui, naturellement, rassemble toute l’attention de la Cour, des médecins, des ministres. A sa mort, son corps est ramené à Saint-Pétersbourg. Derrière son convoi funèbre, Alexandra, vêtue de noir, marche en retrait de son fiancé et de la Tsarine douairière. Le mariage intervient trois semaines après la mort d’Alexandre III. Un Tsar ne peut monter sur le trône sans être marié (obligeant ainsi une union rapide), mais cette raison ne convainc pas le peuple, on prend mal le fait que de couple se marie si rapidement. On murmure alors qu’Alexandra arrive « derrière un cercueil » et qu’elle porte malheur…

Le mariage de Louis-Auguste et de l’Archiduchesse Marie-Antoinette a lieu le 16 mai 1770 à Versailles. L’événement est applaudi et salué par le peuple en liesse. On organise des fêtes dans la capitale où on distribue nourriture et boisson gratuitement. Les parisiens sont ravis mais très vite, la fête tourne au drame. Le 30 mai, un feu d’artifice est tiré place Louis-XV. Une fusée retombe sur le stock prévu pour le bouquet final. Tout s’enflamme, un incendie se déclare, c’est la panique. Des centaines de personnes sont piétinées, on compte environ quatre-cents victimes. Toutes les festivités sont stoppées. Le Dauphin et la Dauphine sont profondément affligés par ce drame qui ternit fortement leur union. C’est sur leur cassette personnelle qu’ils apporteront une aide financière aux familles endeuillées.

Le couronnement de Nicolas et Alexandra a lieu le 26 mai 1896. On célèbre l’événement dans tout l’Empire et on prévoit une distribution gratuite de nourriture, de boissons et de cadeaux sur le plateau de la Khodynka. Les Russes présents sont pressés d’être servis et se précipitent avant l’ouverture officielle de la fête. Le sol est meuble, l’énorme stand est juste posé dessus. Un glissement de terrain provoque l’effondrement du plancher. Ceux qui ne meurent pas dans la chute sont piétinés. On compte plus de trois-milles morts, sans compter les blessés. Si le couple impérial est touché par ce drame, ils commettent la maladresse, sur conseil du Grand-Duc Serge, de poursuivre leur programme mondain. Ils terminent leur déjeuner avant de se rendre sur place et, quelques jours plus tard, ils se rendent à un bal à l’Ambassade de France. Le peuple est profondément choqué par leur attitude et ne la leur pardonnera pas. Nicolas II finance sur ses propres deniers, les funérailles des victimes ainsi qu’une aide pécuniaire à leurs familles. En vain.

Mesdames Tantes, filles de Louis XV, forment la vieille garde de la Cour. Adélaïde, Victoire et Sophie de France sont des vieilles filles aigries, avides de leur position. Aucun parti européen n’était convenable pour elles, elles sont donc restées célibataires auprès de leur père. La jeune Dauphine, pas encore mise en garde contre ces harpies, s’en rapproche. Ce sont elles qui poussent la Princesse à détester Mme du Barry. Ce n’est que grâce aux lettres de remontrances de sa mère que Marie-Antoinette acceptera d’adresser la parole à la favorite. Très vite, elle va se rendre compte de l’aspect Guidée par l’ambassadeur d’Autriche, Mercy-Argenteau (sans que jamais il ne parvienne à la manipuler), elle comprend le côté néfaste de Mesdames. C’est là un bien grand drame : si Adélaïde avait eu une réelle intelligence politique et dynastique, elle aurait pu devenir la (bonne) conseillère de Marie-Antoinette. Rompue à l’exercice de la Cour et de l’Etiquette, elle est passée à côté de l’occasion de devenir le modèle de la Dauphine, chose que la mère du Dauphin ne pouvait plus faire. Au lieu de cela, voyant sa nièce s’éloigner de son emprise, elle va, avec ses sœurs, véhiculer un sobriquet bien cinglant. Désormais, la Dauphine sera « l’Autrichienne ». La Cour va suivre son exemple, bientôt ce sera au tour du peuple. Malgré tout, la petite Archiduchesse est parvenue à s’intégrer dans sa nouvelle patrie. Elle écrit, lit et parle en français, sans accent et sans hésitation. Toutefois, sa popularité va baisser avec les années. Tête à vent, comme la décrit son frère, la Dauphine aime s’amuser. Elle se lève tard, se couche tard, tout l’inverse de son époux. Il aime les sciences, la géographie, l’histoire. Elle aime la fête, les jeux d’argent, aller à l’Opéra le soir en compagnie de ses amis. Il aime la bonne chair et la chasse, elle grignote et préfère s’occuper de ses toilettes avec Rose Bertin et le coiffeur Léonard. En outre, elle ne supporte pas l’étiquette. Elle n’y a jamais été habituée à Vienne et trouve tout cela pesant et ridicule. De plus en plus, elle cherche à y échapper. Elle demande à Louis XVI de lui recréer les appartements privés de la Reine, jadis annexés par Louis XIV à la mort de son épouse. Petit à petit, Marie-Antoinette va grappiller des pièces privées : salons, cabinets, bibliothèque, bientôt une salle de bains et même une chambre, chose impensable sous les précédents règnes ! Comme son époux, qu’elle a appris à apprécier et à respecter avec les années – nous ne parlerons pas d’aimer, son cœur fut à Fersen – elle n’est bien que loin de la Cour et de sa représentation perpétuelle. C’est ce qu’elle trouvera à Trianon, son petit coin de paradis, où elle n’invitait que ses amis. Une fois encore, la noblesse de Cour se sentira rejetée par la souveraine et finira par lui tourner le dos. A Trianon, Marie-Antoinette dira « ici je ne suis plus Reine, je suis moi ». Avant d’être Reine, elle veut être femme et mère. Mais mère, elle ne l’est pas. Pas tout de suite, en tout cas. Son mariage n’est consommé qu’au bout de huit ans durant lesquels Louis XVI, pudique et gauche, ne parvient pas à faire sienne une épouse tout aussi pudique et maladroite. Cette absence d’enfant va être un crève-cœur, d’autant plus que son beau-frère, le Comte d’Artois, est déjà père. D’autant plus aussi que son autre beau-frère, le Comte de Provence, sera le prochain Roi si elle n’a pas de fils, or cela, ni elle ni Louis XVI ne le veulent. Quand, enfin, la Reine est enceinte, c’est une fille qui naît. Le désespoir est immense, la jeune mère critiquée. Mais pour les parents, cette petite Marie-Thérèse les comble de joie. Née en 1778, elle attendra trois ans pour avoir un petit frère, le Dauphin Louis-Joseph. Un autre garçon, Louis-Charles, suivra. Après une fille, Sophie-Béatrice, qui ne survivra pas, Marie-Antoinette estimera avoir pleinement rempli son devoir conjugal et dynastique. Ce n’est pourtant que le début d’une angoisse maternelle, nous le verrons bientôt. Autre soleil dans sa vie, son amie sincère, la Princesse de Lamballe. Par son mariage, elle cousine avec le couple delphinal, puisqu’elle a épousé le fils du Duc de Penthièvre, lui-même petit-fils de Louis XIV et Mme de Montespan. Cette amitié connaîtra quelques orages, mais jamais la Princesse n’abandonnera sa royale amie, ce qu’elle paiera de sa vie. Sa seconde amie sincère sera la Comtesse puis Duchesse de Polignac. Mal jugée, elle était pourtant fidèle en amitié et n’a jamais cessé de soutenir la Reine. C’est son clan (son mari, sa belle-famille, ses amis, son amant) qui fut profondément néfaste au trône. Les favorites de la Reine sont rapidement conspuées. On ne comprend pas l’affection que la Reine porte à certaines familles, les honneurs qu’ils en tirent. On est froissés de voir que la vieille noblesse, fidèle au trône depuis des générations, est mise de côté. Très vite, des libelles vont circuler, donnant à la Reine le goût des deux sexes. On lui attribue, comme amants et maîtresses, Mmes de Lamballe et de Polignac, MM. de Vaudreuil, de Besenval et de Coigny, entre autres.

Alexandra essaye tant bien que mal de se faire à son nouveau pays. Sa belle-mère a le pas sur elle en toutes circonstances, ainsi que l’exige l’étiquette. Maria Feodorovna n’aime pas sa belle-fille et, tant que le jeune couple vit chez elle, les premiers mois de leur mariage, elle agit encore comme la Tsarine régnante. Alexandra peut enfin souffler lorsqu’elle et Nicolas II s’installent au Palais Alexandre. La jeune souveraine peine à apprendre le russe. Elle ne le parlera jamais correctement et ne l’emploie que face aux interlocuteurs ne parlant ni l’anglais, ni le français. Elle doit également connaître sur le bout des doigts les dynasties russes, les grandes familles de l’aristocratie pétersbourgeoise, les noms de chaque courtisan, des enfants de ces derniers. Avec la meilleure volonté du monde, Alexandra ne peut pas retenir autant d’informations en si peu de temps. Gênée en public, elle se met à rougir lorsqu’elle est stressée, ses jambes deviennent cotonneuses et ne la portent plus. Très vite, on va prendre pour de la hauteur et du dédain ce qui n’est que de la timidité. Pourtant, Alexandra a un grand sens du devoir. Les mondanités lui répugnent, elle ne s’y prête que lorsqu’elle n’a pas le choix : cérémonies officielles, réceptions d’ambassadeurs, fêtes religieuses, etc. Mis à part ces événements, elle vit dans son particulier. Ce qui lui tient le plus à cœur, c’est sa famille. Elle aime Nicolas II plus que tout au monde. Un an après leur mariage naît leur premier enfant, une fille prénommée Olga. Déception générale à la Cour, ce n’est pas l’héritier tant attendu ! Malgré tout, les parents sont heureux. Deux ans plus tard naît Tatiana. Puis Maria. Puis Anastasia. Heureux ? Les parents le sont toujours. Mais déçus, ils le sont aussi ! Est-elle maudite, cette « Allemande », pour ne pas parvenir à enfanter un garçon ? Alexandra le pense. Croyante très fervente, elle va peu à peu virer dans un mysticisme frôlant la folie, tombant dans une névrose et une hystérie qui ne la quitteront jamais. Elle s’use en prières, en cérémonies, allant même jusqu’à faire canoniser un moine du XVIIIe siècle et accepter dans son entourage un charlatan lui faisant croire qu’elle est enceinte ! Ce n’est finalement qu’en 1904 qu’elle met au monde ce fils tant attendu, Alexis. Ce n’est, là encore, que le début d’une angoisse maternelle… Rejetée par une Cour qui ne lui laisse pas le temps de s’adapter et qui ne la comprend pas, préférant la vie de famille à la vie mondaine, Alexandra se coupe peu à peu des courtisans, s’enferme dans sa réalité, dans son monde. Elle s’entoure de quatre amies sincères : Lili Dehn, Sonia Orbeliani, Maria Bariatinsky et plus tard Anna Vyroubova. Elle aussi, à l’instar de Mme de Polignac, a été bien mal jugée. Si Anna fut naïve, fleur bleue et très puérile dans son caractère, elle n’en était pas moins fidèle à Alexandra. Seule la Révolution les a séparées. Là encore, le lien qu’elle entretenait avec Raspoutine, le fait qu’elle était sa messagère auprès de la Tsarine, ont joué en sa défaveur. Les rumeurs les plus folles vont naître sur la folle emprise que Raspoutine exerce sur Alexandra. On dit qu’elle en a fait son amant et qu’ils se laissent même aller à des séances à trois avec Anna Vyroubova. Nicolas II devient le soumis de cette affaire, le dindon de la farce, qui se ridiculise devant son épouse, son amant et sa maîtresse, afin de leur plaire ! La réalité est différente : Raspoutine, pour la souveraine, est le sauveur de son fils et de la Russie, un saint homme. Son influence sur elle ne fera que croître avec le temps. Il fait d’elle ce qu’il veut et obtiendra, durant la guerre, de faire et défaire les ministres. Le mal est fait, le trône est entaché définitivement. Contrairement à Marie-Antoinette, le surnom « l’Allemande » attribué à la Tsarine ne part pas de la Cour, mais du peuple. Il va petit à petit franchir les grilles des palais et des demeures de l’aristocratie pour se répandre partout.

Marie-Antoinette est une mère attentive. Chaque jour, elle se rend chez ses enfants et passe beaucoup de temps avec eux. Ayant grandi au sein d’une famille unie, elle tente de reproduire ce schéma avec sa progéniture. Louis-Charles, surnommé « Chou d’Amour », est un petit garçon adorable. Il aime sa mère à la folie et lui rapporte chaque jour des fleurs. D’un tempérament doux, affectueux, il est vif et montre très tôt un grand sens de la repartie. C’est toutefois un garçon nerveux qui peut parfois s’emporter, mais qui va aussitôt le regretter. L’aînée, quant à elle, est imbue de sa personne. Elle est hautaine et capricieuse, elle préfère son père à sa mère car celle-ci la gronde souvent. Mais qu’à cela ne tienne, la Reine entreprend de la corriger en lui enseignant la simplicité, le partage et la bonté. Un jour que la Princesse fait tomber son éventail et appelle une domestique pour le ramasser, sa mère la gronde : elle peut le faire elle-même ! Avant Noël, la souveraine fait venir le dernier cri des joujoux de l’époque. Emerveillés, Madame Royale et le Dauphin ont les yeux qui brillent. Pour leur apprendre le partage, la Reine leur explique qu’ils ont déjà bien assez de jouets et que ceux-là, qui leur auraient tant plu, sont pour des enfants pauvres ne pouvant s’offrir de tels cadeaux. Comme compagne de jeux, Marie-Antoinette choisit pour sa fille la jeune Ernestine Lambriquet, fille d’une femme de chambre. Les deux enfants sont élevées ensemble de la même façon et Madame Royale doit apprendre à partager. Ouverte aux esprits de son temps, la Reine lit Rousseau et veut appliquer ses principes d’éducation. L’heure est au retour à la nature. Pour cela, elle emmène ses enfants dans son Hameau afin qu’ils apprennent les valeurs de la nature et comprennent le travail et la vie de la grosse majorité du peuple. Des carrés potagers leurs sont aménagés afin qu’ils cultivent chacun un petit lopin de terre. Le gros drame de la Reine, c’est son fils aîné. Louis-Joseph était un enfant prometteur. Doux, gentil, il a mal supporté son inoculation et, dès lors, sa santé s’est dégradée. Devenu bossu, il a vu sa croissance s’arrêter, son dos se voûter. Bientôt, il ne peut plus marcher. Engoncé dans un corset qui lui fait plus de mal que de bien, il se déplace en chaise roulante. Il « passe aux hommes » avant l’âge requis et reçoit un précepteur. La Reine est dévorée par la crainte que cet enfant chéri ne décède. Elle l’envoie à Meudon où l’air est, paraît-il, plus sain. Cela ne suffit malheureusement pas et le Dauphin meurt en mai 1789 de la même maladie que le frère aîné de Louis XVI, la tuberculose osseuse. Marie-Antoinette va reporter tout son amour et tous ses espoirs sur son cadet, Louis-Charles. Enfant bien portant en apparence, il porte le germe de cette tuberculose qui aura raison de lui des années plus tard. Durant son emprisonnement au Temple, il sera visité à plusieurs reprises par des médecins et la Reine constatera elle-même la petite taille de son fils.

Alexandra a été élevée à la dure. Petite-fille de la Reine Victoria, elle a reçu les principes d’éducation so british de sa mère, Alice. Quand celle-ci décède, l’enfant va être élevée par « Granny » en Angleterre ou par des nurses anglaises en Allemagne. Lit sans confort, horaires précis, emploi du temps rempli, repas frugaux, rien n’est laissé au hasard. Devenue mère, Alexandra entend transmettre à sa progéniture cette éducation qu’elle a reçue. Son idée est d’éloigner toute idée de hauteur dans l’esprit de ses filles et de son fils. Les Grandes-Duchesses dorment sans oreiller et font leurs lits elles-mêmes. Une demande à faire à un domestique ? C’est avec la plus parfaite politesse et une grande douceur, sans jamais rien exiger. Elles ont un emploi du temps réglé comme une horloge et étudient plusieurs heures par jour. Alexandra, en mère attentive et dévouée, surveille leurs progrès, vérifie les cahiers, converse avec les professeurs. Elle déteste que ses filles restent les mains inoccupées. Aussi les Grandes-Duchesses cousent, brodent, lisent, photographient. Elles partagent d’ailleurs cette passion avec leurs parents. Le Tsarévitch, quant à lui, est un bel enfant blond aux joues roses. Il fait la fierté de ses parents… et aussi leur angoisse ! Âgé d’un an et demi, il saigne abondamment au nombril. Le verdict des médecins tombe : il est hémophile. Ce mal ronge la famille de Victoria depuis sa mère, la Duchesse de Kent. Transmis aux hommes par les femmes, il a déjà touché plusieurs mâles de la famille, certains en sont décédés, comme le frère aîné d’Alexandra, Frittie. La Tsarine est dévastée de savoir que c’est elle qui a transmis la maladie à son fils. Le moindre choc peut entraîner une hémorragie fatale : le Tsarévitch peut mourir à n’importe quel moment. Pourra-t-il même régner ? Alexandra, d’un commun accord avec son époux, va cacher à la Cour et au peuple cette maladie. L’enfant vit comme un reclus, il n’a presque pas d’amis, ne peut jouer comme n’importe quel enfant de son âge. Vif, plein d’esprit, d’une grande bonté et d’une simplicité comme son père, il peut devenir violent de caractère quand on lui rappelle qu’il est malade ou quand il traverse une crise. Celles-ci, parfois bénignes mais souvent fortes, le font affreusement souffrir. Alexandra, qui le veille jours et nuits, est impuissante face à ce mal. Elle s’abîme en prières et se raccroche à Raspoutine, seul, a priori, à réussir à soulager l’enfant. La plus grande peur de la Tsarine, c’est que son fils meure.

Quand Louis XV meurt et que Louis XVI monte sur le trône, Mesdames espèrent avoir une importance politique. A défaut d’avoir conseillé Marie-Antoinette, elles veulent le faire avec leur neveu. Peine perdue : Louis XVI s’en méfie et va gentiment mais fermement les inviter à limiter leurs venues à Versailles. Le règne des nouveaux monarques est attendu avec ferveur. Ils sont jeunes, ils représentent l’espoir de la Nation. Louis XVI, nous le savons, est mal préparé à son rôle. Il va donc choisir, pour l’épauler, le vieux Comte de Maurepas. C’est bien l’unique conseil qu’il acceptera de ses tantes. Maurepas fait figure de Principal Ministre, le Roi régnant seul. Il reste en place jusqu’à sa mort en 1781 et sera remplacé par M. de Vergennes, lui aussi jusqu’à sa mort en 1787. Dès le début de son règne et associé à Turgot, Louis XVI tente de mettre en place des mesures d’économies et des nombreuses réformes. Le peuple accueille très volontiers ces changements tirant vers plus d’égalité, moins d’impôts et une volonté de redresser les finances de l’Etat. Mais rapidement, le Parlement, le Clergé et la Cour se dressent contre le Ministre. Louis XVI, qui le soutenait, finit par se laisser influencer et recule d’un pas. Turgot tombe en disgrâce et les réformes s’éloignent. Durant les années 1780, les Ministres vont se succéder sans guère de succès. Même Necker finira par échouer dans la mission confiée par le Roi. La guerre d’Indépendance Américaine a vidé les caisses de l’Etat. On entreprend des économies de Cour en supprimant des charges, réduisant les coûts des divertissements, mais ces économies de bouts de chandelles sont clairement insuffisantes. Le royaume se retrouve en banqueroute et Louis XVI n’a d’autre choix que de convoquer les Etats-Généraux en 1789. Nous sommes loin des belles années du début de règne, des innovations comme l’envol de la Montgolfière, de l’abolition de l’esclavage. L’affaire du Collier, qui éclate en 1785, entache fortement la popularité de Marie-Antoinette, déjà bien basse. Il éclabousse le trône de façon définitive. La colère gronde… Les indécisions de Louis XVI l’ont empêché d’être le monarque réformateur qu’il aurait pu être. Loin d’être un faible, il manquait cruellement de confiance en lui. Jamais sûr de ses décisions, il se rangeait aux avis majoritaires. Contrairement à ce que prétendaient les pamphlets, sa femme ne le manipulait pas. Marie-Antoinette était poussée par sa mère afin d’intercéder auprès de son époux en faveur de l’Autriche. A plusieurs reprises, elle a tenté de parler politique à son mari, de placer tel ou tel ministre, d’en chasser d’autres. Si parfois le Roi a cédé, la majorité du temps il tenait sa femme éloigné des affaires de l’Etat. La Reine a elle-même reconnu dans ses lettres que son influence sur le Roi était franchement limitée. Son ascendant a commencé avec la Révolution. Battante, femme forte, elle a fait preuve d’autant de détermination et de courage face aux épreuves, que de légèreté et d’inconscience dans ses jeunes années. De Dauphine écervelée, elle va s’élever au rang de Reine. Elevée selon des principes monarchiques forts, elle ne voit pas le royaume de son mari, de son fils, autrement qu’en monarchie absolue. Durant la Révolution, elle ne saura pas voir qu’une monarchie constitutionnelle pourrait sauver le trône de son mari et de son fils. Louis XVI voit aussi les choses ainsi. Il tient son pouvoir de Dieu, il est là pour faire le bien de son peuple. Il le veut sincèrement et l’a prouvé. Malgré tout, il est coupé des réalités du pays. Il ne voit pas combien la situation est catastrophique. Pourtant, on l’a prévenu : c’est la faiblesse de Charles Ier d’Angleterre qui lui a valu d’avoir la tête tranchée…

A la mort d’Alexandre III, Nicolas II se sent perdu. Il conserve encore en mémoire la fin tragique de son grand-père adoré, Alexandre II, déchiqueté par une bombe anarchiste en 1881. Ce tsar libérateur a été bien mal récompensé des réformes qu’il avait faites ! Nicolas II va donc renoncer à poursuivre les démarches entreprises par Alexandre II et va marcher dans les pas de son père. La Russie est un Empire autocratique et doit le rester, faisant taire les émeutes en envoyant l’armée, condamnant les anarchistes et les révolutionnaires à la potence. Les moujiks forment la masse inculte et dominante de la Russie, pense Nicolas. Pour eux, le Tsar est sacré. Céder ne serait-ce qu’un pouce d’autorité ? Non, le peuple ne le comprendrait pas. Ce serait attenter à la personne même du Tsar, à sa sacralité. Certains veulent des réformes ? La liberté ? Un salaire décent ? Non. Vraiment, ce n’est pas possible. En montant sur le trône, Nicolas II représente l’avenir. Il est jeune, prometteur. On est vite déçu de constater qu’il maintient le cap et n’apportera aucune nouveauté durant son règne. Pour lui, la liberté sonne comme un caprice du peuple. Pour le conseiller, le Tsar choisit des ministres de son père, tels Goremykine, Plehve et Trepov, mais aussi son vieux précepteur, Pobiedonostsev. Son entourage se mêle également de politique, notamment ses oncles. Avides de pouvoir, ils espèrent rester le plus longtemps possible auprès de Nicolas II. Alexandra s’en méfie, à raison. C’est avec le temps que le souverain parviendra à éloigner ses oncles qui étaient souvent de mauvais conseil. Le gouvernement formé par Nicolas II est profondément conservateur. Le seul à sortir du lot est Serge Witte, qui entend réformer la Russie pour la faire pleinement entrer dans le XXe siècle. Finances, commerce extérieur, industrie, social, culture, le programme est vaste mais le bilan plus que positif. La dette diminue à vue d’œil, le pays s’industrialise, les recettes de l’Etat augmentent considérablement grâce au monopole imposé sur la vodka, on repeuple les zones vides et notamment la Sibérie, on allège l’impôt des paysans, on crée la Banque paysanne afin de les aider à posséder leurs terres cultivables, on baisse (légèrement) le temps de travail. Malgré ces avancées colossales, Witte se fait des ennemis. Les propriétaires fonciers, les riches industriels et surtout le Tsar, qui le trouve trop libéral. Le Ministre sera remercié. Un autre, Stolypine, sera du même acabit et luttera, en plus, contre les révolutionnaires et anarchistes qui se réveillent de leur long sommeil. Lui aussi finira disgracié et sera assassiné sous les yeux du Tsar. Nicolas II préfère les Ministres qui vont dans son sens, vers une politique conservatrice. Le Dimanche Rouge va ternir son règne de façon définitive en 1905. Face à une manifestation populaire pacifiste devant laquelle le Tsar refuse de se montrer, l’armée charge et tire. Des centaines de morts, des blessés, alors qu’on réclamait l’attention du « petit père du peuple », des réformes, une main tendue. Dès lors, on va le surnommer « Nicolas le Sanglant ». Après le drame, il reçoit une délégation du peuple… à qui il reproche d’avoir quasiment poussé l’armée à ouvrir le feu ! En parallèle, la guerre russo-japonaise est un fiasco. Sans même le savoir, le trône de Nicolas II commence déjà à vaciller. A la Cour, on ne comprend pas ce monarque aux goûts bourgeois, préférant la vie de famille, la vie privée, à la vie publique. Surtout, on sait à quel point il est soumis à son épouse. Entre les deux, le véritable autocrate est Alexandra. Son modèle, c’est sa « Granny », Victoria. Une souveraine forte, un pouvoir inébranlable. La Tsarine aussi estime que céder du pouvoir du Tsar revient à toucher à la sacralité de sa personne. La Russie a besoin d’un autocrate, d’un pouvoir fort, d’être tenue par une main de fer, pense-t-elle. Dépourvu de confiance en lui, Nicolas, tel un enfant écoutant sa gouvernante, va puiser sa force dans sa femme. Elle lui écrit et lui répète d’être fort, de ne jamais oublier qui il est, qu’il est un autocrate et doit le rester. Durant la guerre, devenue régente par la force des choses, elle continuera d’abreuver son époux de conseils politiques soufflés par Raspoutine, qui la manipule comme il veut. Son influence néfaste va achever de jeter le discrédit sur un couple impérial déjà haï. La mort dans l’âme, Nicolas II avait accepté la création de la Douma d’Empire. Ce n’est que de la poudre aux yeux et ça ne sauvera pas son trône, même si pour lui c’est déjà un crève-cœur. Ni Nicolas, ni Alexandra ne semblent voir venir la catastrophe arriver. Pourtant, plusieurs Ministres et membres de la famille Romanov ont tenté de les prévenir. La mère du Tsar, la sœur de la Tsarine, les cousins, les oncles, tous ont voulu les mettre en garde contre Raspoutine, contre la colère qui gronde. Un cas bien connu en Europe aurait pu leur servir de mise en garde : en France, on n’avait pas hésité à guillotiner le Roi et la Reine…

Les Etats-Généraux de 1789 sont un échec. Louis XVI ne parvient pas à se concentrer sur les événements : le Dauphin meurt en mai, peu après l’ouverture de cette assemblée. C’est un père anéanti. Le fantôme de son frère aîné, lui aussi mort à peu près au même âge de la tuberculose osseuse, revient le hanter. Le fossé se creuse entre les députés de la noblesse et du Clergé d’un côté, et ceux du peuple de l’autre. Le 20 juin, ces derniers, ne pouvant accéder à la salle des Menus-Plaisirs où se déroulent les Etats-Généraux, fermée sur ordre du Comte d’Artois, se réunissent dans la salle du jeu de paume. Bailly, qui deviendra le premier maire de Paris, déclare qu’ils ne se sépareront que quand la France sera dotée d’une Constitution. Au passage, les députés du Tiers se proclament Assemblée Nationale. Les événements vont se précipiter. Louis XVI renvoie Necker, ce qui provoque un tollé à Paris. Le 14 juillet, la foule se précipite à l’Arsenal afin de chercher des armes. On manque de poudre, on sait qu’il y en a à la Bastille. Ce symbole du pouvoir royal, de la monarchie absolue avec ses lettres de cachet, doit tomber. Les émeutiers parviennent à faire chuter la Bastille, son gouverneur aura bientôt sa tête au bout d’une pique. Pour Louis XVI, la surprise est grande. Il ne s’attendait nullement à ce début de Révolution. Début octobre, la rumeur circule que le régiment fraîchement arrivé à Versailles a foulé au pied la cocarde tricolore, lors d’une fête organisée à l’Opéra royal, en présence du Roi et de sa famille. Entre ce fait divers et la faim qui tiraille les estomacs du peuple, les femmes manifestent leur colère. Quittant l’hôtel de ville de Paris à pied, elles marchent jusqu’à Versailles pour réclamer du pain. Des hommes, déguisés en femme, les accompagnent. Sur place, quelques marcheuses se rendent auprès du Roi qui les reçoit avec sa bonhomie habituelle. Elles veulent du pain ? Bien entendu, elles en auront. Loin du tyran décrit par les meneurs de la Révolution, Louis XVI est un homme proche de son peuple, qui veut sincèrement son bien. Humain, il se sent davantage proche de l’ouvrier ou du paysan que des courtisans de Versailles. Le problème, c’est qu’il vit loin des réalités. Enfermé dans sa cage dorée versaillaise, il ne peut pas se rendre compte du quotidien de ses sujets. En réalité, l’erreur en incombe à Louis XV : il a grandi à Paris et n’aurait jamais dû retourner à Versailles une fois en âge de régner.

Louis XVI ne consent absolument pas à faire tirer sur la foule et ne le consentira jamais. Tout plutôt que de faire couler le sang de ses sujets ! A cette période, le Roi est encore très aimé de la majorité de sa population. Ce sera le cas encore quelques temps. Au moment de sa mort, une bonne partie du peuple le regrettera. Il n’est pas non plus question de destituer le souverain, on parle seulement d’une monarchie constitutionnelle. Le lendemain de l’arrivée des femmes à Versailles, les gardes nationaux laissent entrer la foule dans le château. On en veut à la vie de la Reine qui se sauve de justesse. La famille, regroupée dans la chambre de Louis XVI, apparaît au balcon. Après des hésitations, c’est au cri de « vive le Roi, vive la Reine », que Marie-Antoinette et son époux sont applaudis. On veut leur retour dans la capitale, le souverain y consent. Fuir ? Il n’en est pas question. Il a toute confiance en son bon peuple de Paris. La famille royale est installée aux Tuileries, prison dorée, mais prison quand même. Les parisiens, qui voient peu Louis XVI et sa famille, se collent aux grilles des jardins afin de les voir s’y promener. La situation est plutôt correcte. Une forme de vie de Cour se met en place aux Tuileries et même si le Roi n’est plus monarque absolu, il reste sur son trône. Jamais il ne lui viendrait à l’idée d’abdiquer. Devenu monarque constitutionnel, il conserve un droit de véto dont il usera et ratifie la Constitution de 1791. En réalité, Louis XVI ne l’approuve pas. Du moins pas totalement. Si elle peut faire le bonheur de son peuple, il l’accepte. Mais il souhaite retrouver ses anciennes prérogatives et, tout en conservant cette Constitution, la modifier. En somme, le souverain souhaite avoir davantage de pouvoir que ce que lui accorde la Constitution. Marie-Antoinette n’espère aucun salut venant de la Révolution. Elle le sait, leur trône et même leurs vies ne seront sauvés que par les puissances étrangères. Il faut fuir, gagner une place forte aux mains de royalistes, quitte à rallier ensuite l’Autriche où, elle en est sûre, son frère l’aidera à remonter sur le trône. Louis XVI semble résigné, prêt à affronter son destin. Mais Marie-Antoinette, femme forte et combattive, parvient à lui faire accepter ce départ. Le 21 juin, une berline emmène la famille royale vers la liberté. On doit rejoindre Montmédy où des troupes les attendent. Mais le convoi traîne, perd du temps. Louis XVI est reconnu à Sainte-Menehould et la voiture arrêtée à Varennes. Le retour se fait lentement. Au début, les acclamations se font entendre entre les insultes. Mais plus les fuyards se rapprochent de Paris, plus les insultes se font entendre par rapport aux acclamations. La détention se fait alors plus rude. La famille est surveillée sans cesse. La situation politique et militaire du pays se dégrade. Le manifeste de Brunswick, en 1792, va mettre le feu aux poudres. Le matin du 10 août, les Tuileries sont prises. La famille royale se réfugie au Manège de la Convention et ordre est donné de ne pas combattre. Louis XVI n’est plus Roi. Parqués dans la loge du logographe, les souverains déchus et leurs enfants sont bien encombrants. On ignore ce qu’on va faire d’eux. Les exiler ? Pourquoi pas. Mais n’est-ce pas risquer qu’à terme, le monarque veuille reconquérir son trône ? Les emprisonner ? C’est mieux. On a des otages de choix et on est sûrs que Louis XVI ne prendra pas la tête de la contre-révolution. La famille royale est enfermée le 13 août à la prison du Temple.

En 1915, Nicolas II prend le commandement de l’armée russe à la place de son cousin, le Grand-Duc Nicolas. C’est là une erreur stratégique grave, elle aura de lourdes conséquences plus tard. Le pays s’enlise dans une guerre qui n’en finit pas. Les morts et les victimes se comptent par milliers. A l’arrière, le moral est au plus bas. Les pénuries se ressentent, la colère monte et les grèves sur multiplient. Fin décembre 1916, un neveu et un cousin du Tsar assassinent Raspoutine. Sur le moment, le peuple hurle de joie. Mais très vite, la réalité revient et l’euphorie passe. Seule la Tsarine pleure le Starets disparu, son sauveur, celui qui faisait vivre son fils. Effondrée, elle peine à s’en remettre. En février 1917, Nicolas retourne au front, à Moguilev. Alexandra communique quotidiennement avec son mari et tente de sauver les meubles face à la révolution menaçante. A la fin du mois, des femmes marchent vers la Douma : elles veulent du pain, nourrir leurs familles. Le lendemain, elles sont rejointes par les hommes et les socialistes-révolutionnaires qui profitent de leur chance. Deux jours plus tard, une révolte éclate, l’armée passe du côté des insurgés. On prend l’Arsenal pour y récupérer les armes, puis on se tourne vers la forteresse Pierre-et-Paul, symbole du pouvoir impérial. Bientôt, le drapeau rouge flotte à son sommet. La Tsarine vit des heures d’angoisse : elle ne peut plus joindre son mari car les lignes ont été coupées, ses enfants sont cloués au lit à cause de la rougeole et elle ne se rend absolument pas compte de la réalité de la situation dans Petrograd (nouveau nom de Saint-Pétersbourg). Nicolas II ignore tout aussi de son côté. Les nouvelles qu’il reçoit sont contradictoires ou erronées. Début mars, la Douma envoie un message à Moguilev : seule l’abdication du Tsar peut encore sauver le trône. C’est naturellement peine perdue. Nicolas signe l’acte d’abdication pour lui et son fils en faveur de son frère Michel, qui renonce à régner. La famille impériale est mise en état d’arrestation. L’empereur rejoint Petrograd au bout de quelques jours. Tous sont parqués dans le palais de Tsarskoïe Selo et surveillés. Ceux qui jadis assuraient leur protection sont maintenant leurs gardiens. Surveillés, leurs actions sont limitées, leurs accès aussi. Une petite routine familiale bourgeoise se met en place. Nicolas se sent soulagé d’un fardeau infiniment trop lourd pour lui : sa couronne ne lui manque absolument pas. Ce qu’il voudrait ? Qu’on l’exile avec sa famille dans leur petit paradis de Livadia, où ils couleraient des jours paisibles loin de la politique russe. Il aimerait même aller combattre pour son pays en tant que simple soldat, ce qu’on lui refuse ! Le gouvernement provisoire a le pouvoir ? S’il peut sauver la Russie, alors d’accord. Nicolas est un patriote dans l’âme, pour lui le pays passe avant le peuple. Enfermé dans son cercle familial, loin de la ville et de ses sujets, il pensait pouvoir faire leur bien en maintenant ce régime autocratique cher à son cœur. Mais le peuple, lui, ne veut plus de Tsar. Ni Nicolas, ni son fils, ni son frère. Ils sont rares, ceux qui le soutiennent encore. Lui et son épouse sont conspués, on en veut à leurs vies. Enfermés dans leur prison dorée, ils instaurent un système de cours pour maintenir l’enseignement des enfants. Ils cultivent un jardin potager et se promènent dans le périmètre de jardin qui leur est autorisé. Les pétersbourgeois, peu habitués à voir la famille impériale, se rendent aux grilles des jardins afin de les voir passer. Le Tsar profite de son temps libre pour assouvir sa passion de l’Histoire et de la lecture en lisant les ouvrages de la bibliothèque du Palais Alexandre. Les gardiens insultent la famille impériale, mais celle-ci les ignore. Ce régime de détention reste toutefois correct. Cela ne va pas durer. Les « citoyens Romanov » sont encombrants, on ne sait trop que faire d’eux. Les exiler ? Pourquoi pas. Mais personne ne veut se dévouer pour les accueillir. Le Danemark, patrie de l’Impératrice douairière, ne veut pas d’eux. La France républicaine, toute alliée qu’elle soit, se refuse à accueillir la famille impériale déchue. Cela, pourtant, n’avait guère gêné le gouvernement français au début du règne de Nicolas II, et les célébrations avaient été grandioses. Reste l’Angleterre, dont le souverain, George V, est le cousin et quasi-jumeau du Tsar. Mais lui aussi abandonne lâchement la famille impériale. L’homme fort du gouvernement provisoire, Kerenski, opte alors pour un exil à Tobolsk. Nicolas et les siens quittent le Palais Alexandre de façon définitive. Loin de partir pour un exil comme les Romanov l’espéraient, ils s’en vont pour une nouvelle prison dans l’austère Sibérie.

D’abord installée dans la petite Tour du Temple, la famille est rapidement transférée dans la plus grande. Seul le fidèle Cléry est autorisé à rester pour servir Louis XVI et les siens. Les autres serviteurs sont expulsés et certains sont emprisonnés, telles Mme de Tourzel et sa fille, enfermées à La Force avec la Princesse de Lamballe. Les prisonniers voient leurs derniers soutiens partir petit à petit, ils sont seuls. Ils entrent alors dans un mode de vie bourgeois, bien loin des ors versaillais. Le Roi, la Reine et Madame Elisabeth s’organisent afin de donner des leçons à Madame Royale et au Dauphin. Parfois, ils sortent dans la cour pour se promener et faire prendre de l’air au petit garçon, qui joue à la balle avec sa sœur. Bien que la majorité des gardiens soient hostiles à la famille royale, il en est quelques-uns qui la soutiennent. A force de côtoyer ces augustes prisonniers, pourtant d’une grande simplicité et complicité dans le privé, certains finissent par se laisser attendrir et ne comprennent pas pourquoi on qualifie Louis XVI de tyran. Toujours empreint de bonhomie, le Roi mène une vie simple auprès de ses proches. Il prie et s’adonne à ses passions, la lecture et l’Histoire. Il dévore un nombre incalculable d’ouvrages durant sa détention. Lorsque son procès s’ouvre, on le sépare de son fils. Il reste seul au deuxième étage avec Cléry et ne revoit sa famille que la veille de son exécution. Les chefs d’inculpation sont faux ou fabriqués. Mais il existe néanmoins les documents incriminants trouvés dans l’armoire de fer, aux Tuileries, et prouvant les liens entre Louis XVI et l’étranger. La notion de patriote n’entre pas dans le caractère du Roi. Pour lui, seul le peuple compte, plus que le pays. Au fond, il savait que seule une victoire de l’Autriche contre l’armée révolutionnaire pourrait inverser la tendance. Peut-on réellement le lui reprocher ? Résigné et fataliste, il espère qu’en mourant, son sang coulera pour expier les fautes de ceux qui égarent son peuple. Après d’ultimes adieux à sa femme, sa sœur et ses enfants, il est guillotiné le 21 janvier 1793. Sa mort est plus pleurée qu’on ne l’aurait voulu à la Convention. Mais il fallait la tête de « Louis Capet » pour sauver la République. En le tuant, on ne tuait pas l’homme, mais le Roi et tout ce qu’il représentait et on asseyait le nouveau pouvoir en place. Le procès de Louis XVI n’a eu vocation qu’à masquer un crime par un semblant de Justice. Or, en France, un Roi ne meurt pas. Sitôt le souverain décapité, les royalistes se tournent vers son fils, Louis XVII. « Le Roi est mort, vive le Roi ! ». Beaucoup de partisans de la monarchie, et notamment d’une monarchie constitutionnelle, n’espéraient pas le retour sur le trône du malheureux Louis XVI. En revanche, son fils, était prometteur. Il va devenir le nouvel enjeu des soutiens de la royauté. Marie-Antoinette, toujours enfermée au Temple, ne désespère pas de pouvoir être libérée. Si ce n’est par la République, au moins par les fidèles royalistes qui s’activent à faire évader la famille royale. Plusieurs complots existent, mais tous sont éventés au dernier moment. La souveraine espère également une aide de l’étranger. Sœur puis tante de l’Empereur d’Autriche, elle imagine qu’ils feront tout pour la sauver. Peine perdue. Enfermée au Temple, la famille royale est précieuse à la contre-révolution : ils sont le symbole même de la cruauté du nouveau régime. Libérée, elle devient un fardeau. Séparée de son fils en juillet, la Reine est emmenée le mois suivant à la Conciergerie où, là encore, un complot échoue, le fameux Complot de l’œillet. Elle reste dans cette prison durant soixante-seize jours, dans une cellule minuscule où elle est gardée à vue. Elle qui jouissait d’une bonne santé se sent rongée par un mal qu’elle ignore. Des pertes de sang montrent la présence d’une maladie gynécologique qui aurait eu raison d’elle si on ne l’avait pas guillotinée. C’était un cancer de l’utérus. Après un procès truqué, Marie-Antoinette est guillotinée le 16 octobre 1793. Louis XVII est confié au cordonnier Simon jusqu’à janvier 1794. S’en suit une période d’enfermement où l’enfant reste seul dans ses déchets, sans se changer ni se laver, sans voir personne, avec une petite trappe pour lui passer ses repas. Découvert par Barras après la chute de Robespierre, il reste encore un temps ainsi avant qu’on ne se décide à lui envoyer des gardiens pour le sortir de cette situation miséreuse. Lavé, changé, peigné, il voit un médecin qui décèle, outre un grand rachitisme, une tuberculose osseuse, encore elle… Malgré des soins attentifs, l’enfant décède en prison le 8 juin 1795. Madame Elisabeth, quant à elle, vivait avec sa nièce au troisième étage. Pieuse, elle enseigne à la Princesse la religion, mais aussi à s’habiller seule, faire son lit et entretenir la chambre. Emmenée à la Conciergerie le 9 mai 1794, son procès est expédié et aboutit à son exécution le lendemain. Madame Royale, restée seule, se souvient des conseils précieux de sa tante. Chaque jour, elle se lève, fait un brin de toilette, s’habille, prie, fait son lit et passe le balai dans la chambre. Ensuite, montre en main, elle marche à allure vive dans la pièce pour maintenir un exercice physique. Ses gardiens, les mêmes que ceux de son frère, la maintiennent volontairement dans le flou quant à ce qu’il est advenu de sa famille. Il lui faudra attendre la mort de son frère pour qu’on lui attribue une compagne, Mme de Chanterenne, qui lui apprendra le sort de sa mère, de sa tante et du petit Roi. Libérée à la fin de l’année, Madame Royale part en exil en Autriche dans sa famille maternelle, contre qui elle a des a priori. N’ont-ils pas lâchement abandonné sa mère à son sort ? Elle y reste un an avant de retrouver ses oncles, le Comte de Provence devenu Louis XVIII et le Comte d’Artois, futur Charles X. Elle épouse la même année son cousin, le Duc d’Angoulême, dont elle n’aura pas d’enfant. Elle reviendra en France en 1814 pour la Restauration avant un exil définitif en 1830, lors de la Révolution de Juillet. Elle s’éteint en 1851 à Frohsdorf, en Autriche. Elle est la seule survivante du Temple.

A l’été 1917, la famille impériale quitte Petrograd pour toujours. Alexandra peine encore à se remettre du départ forcé de sa chère Anna, emprisonnée sur ordre de Kerenski. Elle sera finalement libérée et finira sa vie en exil. Le train emmène les Romanov jusqu’à Tioumen, où un bateau prend le relai. Fin août, les prisonniers arrivent dans leur nouvelle demeure, située ironiquement rue de la Liberté. Les conditions de détention ne s’améliorent pas. Certains fidèles les ayant accompagnés sont remerciés et expulsés. D’autres peuvent rester et vont assister la famille impériale. Une routine se met en place. Les Romanov créent et jouent de petites pièces de théâtre, lisent, se promènent dans un minuscule espace aménagé dans le jardin, jouent aux cartes. Alexandra voit sa santé, qui n’a jamais été bonne, se délabrer. Elle souffrait déjà d’une mauvaise circulation sanguine et s’était persuadée qu’elle avait des problèmes au cœur. Devenue mystique, hystérique et névrosée, elle est en outre dépressive. Ses nerfs, mis à rude épreuve, la lâchent. Elle est persuadée que ni elle, si sa famille ne survivra à la prison. L’attente du jour fatidique est abominable. Ses enfants et son mari, en revanche, sont persuadés qu’ils s’en sortiront, qu’on les sauvera. N’y a-t-il point de Russes encore favorables à l’Empereur ? Eh bien non. Même Alexis, pourtant jeune et prometteur d’un avenir meilleur, n’est pas désiré sur le trône. C’est dans cette ambiance tendue, sous les insultes des gardiens, que la famille est de nouveau changée de prison. Kerenski a fui face à la Révolution d’Octobre et Lénine a pris le pouvoir. Les Romanov sont déplacés à la maison Ipatiev, à Iekaterinbourg. L’objectif de Lénine est simple : ramener petit à petit la famille impériale vers Moscou afin d’organiser le procès et l’exécution de Nicolas II. On ne veut pas tuer l’homme, on veut tuer le Tsar, l’Empire, le régime autocratique. C’est d’ailleurs une véritable vendetta qui va se mettre en place, car le frère de Nicolas, Michel, sera assassiné en juin. D’autres seront exécutés : cousins, oncles, neveux, beaucoup d’hommes Romanov et même la sœur d’Alexandra ne survivront pas à la Révolution. En avril, les prisonniers arrivent dans ce qui sera leur dernière demeure. Les conditions de détentions se sont fortement dégradées et sont pires qu’avant. La Tsarine mange à peine tant elle est épuisée physiquement et nerveusement. Son fils traverse, en outre, une crise, ce qui la terrorise encore plus. Les gardiens sont encore plus hostiles qu’avant. Pas un seul ne tente d’aider les Romanov. Seuls les chefs successifs de la garde autorisent la venue de religieuses amenant des victuailles, car ils se servent au passage. Nicolas espère toujours une libération. L’armée Blanche avance-t-elle ? C’est possible, car les gardiens se font bien nerveux à l’approche de l’été. Quelques complots ont vaguement existé pour libérer les prisonniers, mais ils étaient bien vains et mal préparés pour aboutir à quoi que ce soit. Quant à l’armée Blanche, elle préfère voir les Romanov en prison, martyres des bolcheviks, que libres et encombrants. Quant aux puissances étrangères, le problème reste le même qu’au moment d’accueillir la famille en exil : on se rejette le fardeau. Vraiment, Nicolas et les siens n’ont aucun soutien à attendre de qui que ce soit. De toute façon, jamais le Tsar et la Tsarine n’auraient accepté de quitter le pays. Patriotes, ils préféraient mourir que de fuir la Russie. Les voilà exaucés. En juillet, comprenant qu’on ne pourra pas ramener les Romanov à Moscou pour un procès, les Blancs étant déjà bien avancés – trop même d’Iekaterinbourg – Lénine prend la décision de les faire exécuter. Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, le chef des gardes, Iourovski, réveille les prisonniers et les quelques fidèles encore à leurs côtés. Ils doivent descendre au rez-de-chaussée pour attendre un départ urgent vers une nouvelle prison. Nicolas, Alexandra et Alexis sont assis au centre de la petite pièce. Autour d’eux sont les Grandes-Duchesses, le Dr Botkine et leurs domestiques. Iourovski entre, entouré de plusieurs Lettons armés. Il annonce tout de go à Nicolas qu’il doit être exécuté dans l’instant avec sa famille. Le Tsar n’a pas le temps de répondre, une balle en plein cœur le tue sur le coup. Il est le premier à mourir. La Tsarine le suit de près, puis le Tsarévitch. Enfin, les Grandes-Duchesses, le médecin et les domestiques sont tués par balle, à coups de baïonnette ou de crosses pour les achever. Une fois le massacre terminé, les corps sont emmenée dans la forêt de Koptiaki, dénudés, coupés en morceaux, jetés dans un puits de mine et explosés à la grenade. Le lendemain, par mesure de prudence, on revient sur place, on récupère les morceaux que l’on brûle à l’acide puis au feu. Les cendres sont jetées dans le ravin des Porcelets. Aucun Romanov n’est ressorti vivant de la maison Ipatiev.

A peine Louis XVII était-il enterré au cimetière Sainte-Marguerite que des rumeurs ont commencé à circuler. Le Dauphin est vivant, il a pu s’échapper ! Grâce à qui ? On ne sait pas, mais des noms reviennent : Barras, Joséphine de Beauharnais, le gardien Laurent, on parle même de Robespierre, entre autres. Des faux-Dauphins vont apparaître petit à petit, avec les années. Le plus fameux, un Prussien du nom de Naundorff, intentera même un procès contre Madame Royale. Procès qu’il perdra, comme ses descendants après lui, à plusieurs reprises. Ses partisans existent encore aujourd’hui. Quant à Madame Royale, son attitude si lointaine, si distante pendant la Restauration en font s’interroger plus d’un. Est-la même Princesse qui a quitté le Temple en décembre 1795 ? Pour les partisans de la survivance et pour plusieurs personnes, non. Trop éprouvée, elle est contrainte de se voiler le visage et de s’enfermer dans un château en Allemagne, elle devient la Comtesse des Ténèbres. La fausse Madame Royale n’est autre qu’Ernestine Lambriquet, la jeune fille qui a grandi avec la Princesse. Voilà pourquoi elle n’a jamais reconnu son frère : ce n’était pas elle ! Oui, mais non. Ernestine, la vraie, est morte durant la Restauration. Concernant le comportement de Madame Royale, il s’explique aisément par les traumatismes vécus pendant la Révolution. La mystérieuse Comtesse était-elle une fille illégitime de l’Empereur ? On lui trouve une forte ressemblance avec Marie-Antoinette. Il faut attendre notre XXIe siècle pour que les analyses ADN nous apportent toutes les réponses. Après vérification, la Comtesse des Ténèbres n’avait aucun lien avec Madame Royale. Et Louis XVII, dont le cœur prélevé durant l’autopsie a été miraculeusement retrouvé en 1830 puis conservé et analysé en 2000, est bien mort au Temple. Malgré tout, des doutes subsistent dans l’esprit de beaucoup de personnes croyant dur comme fer à la survivance de l’enfant.

Après le massacre d’Iekaterinbourg, des bruits circulent. Nicolas aurait été exécuté, mais sa famille mise en sécurité. Il faut attendre septembre-octobre pour que l’on parle de la tuerie du 16-17 juillet. Les puissances européennes prennent le deuil des Romanov et des yeux accusateurs se tournent vers George V qui n’a rien fait pour sauver son cousin. Dans les années 1920, une jeune femme apparaît à Berlin. Sauvée de justesse d’un suicide par noyade, elle avoue être Anastasia Romanov, fille cadette du Tsar. On l’interroge, elle raconte : un gardien, amoureux d’elle, l’a sortie incognito de la maison Ipatiev tandis que les cadavres de sa famille étaient emmenés. Ils partent pour la Pologne où il meurt. Elle y accouche d’un fils illégitime qu’elle abandonne. Recueillie par son beau-frère, ils partent pour l’Allemagne où elle espère retrouver des membres de la famille Romanov afin d’être officiellement reconnue. Elle perd son beau-frère de vue et, désespérée, tente de mourir. Après vérifications, son récit ne tient pas la route, elle ne parle pas le russe. Si certains la reconnaissent, beaucoup refusent de voir en elle la plus jeune des Grandes-Duchesses. Après recherche, on se rend compte que c’est une polonaise plus âgée qu’Anastasia. D’autres faux-Romanov sortiront de l’ombre, tous seront confondus. En 1991, après la chute de l’URSS, on retrouve miraculeusement des ossements dans la forêt de Koptiaki, dans un endroit où les juges n’avaient jamais cherché. L’ADN permet de les reconnaître : ce sont bien les Romanov. Mais il manque deux victimes : Maria et Alexis. En 1998, une cérémonie officielle, présidée par le Président Eltsine, rend hommage aux Romanov et à leurs serviteurs, qui sont tous inhumés à Saint-Pétersbourg. C’est en 2007 que des restes humains sont retrouvés non loin du Ravin des Porcelets. Après analyse, ce sont bien les deux victimes manquantes, qui sont inhumées à leur tour auprès de leurs parents. Toutefois, une partie de la famille, l’Eglise orthodoxe, des historiens et des passionnés ne croient pas à cette thèse officielle. Beaucoup estiment que la vérité est différente.